Les gentils narcos

Bonjour! Je suis rentré au bercail hier soir, mais j’ai encore quelques bafouilles à publier… Voici donc.

 

L’autre jour, je vous écrivais de Juchipila, village paumé du centre-ouest. Entre deux sierras qui accaparent la pluie et en laissent bien peu aux terres de la vallées.
C’est encore un arbre qui m’y a conduit. Le « pino azul »(Pinus maximartinezii) est l’une des plantes les plus rares du Mexique. Il produit par ailleurs des cônes démesurés qui renferment les plus gros pinions de la Terre. Et les plus savoureux, j’en témoigne.

C’est leur taille impressionnante qui mît la puce a l’oreille de Jerzy Rzedowski, un botaniste bel et bien mexicain, un jour de 1964, alors qu’on croyait connaitre depuis longtemps toutes les espèces de conifères du Mexique.

L’arbre est tellement rare que presque tous ses représentants poussent sur une seule propriété. J’ai trouvé l’un des frères de cette famille, apparemment descendant direct de paysans d’Estrémadure ou de Galice, qui a gracieusement accepté de monter me montrer la bête.

En voyage, je peux faire confiance aux arbres pour me conduire dans des coins incongrus. Il arrive que je ne les trouve pas, mais même absents, ils me réservent des surprises.

Comme cette piste fraîchement lessivée par les averses, dans laquelle le 4×4 patinait courageusement. Le seul genre de route où il est plus sûr de ne pas boucler sa ceinture, comme me l’explique Berto, mon guide du jour. Nul doute que c’est ce qui a sauvé son frère, lorsqu’il a dévissé. Une fraction de seconde après qu’il a sauté de la bagnole, elle cramait à fond de ravin.

Trop empêtré dans la diaffe, on a fini le chemin a pied, dans une épaisse purée de pois, jusqu’au plis de la montagne où logent les précieux conifères. Cela faisait une heure que nous avions atteint les arbres lorsque soudain un magnifique Joran s’est levé et a nettoyé jusqu’au dernier nuage. Berto avait dit vrai; a notre gauche tombait le canyon et a notre droite moutonnait la pinède, concentrée autour de deux ou trois nants.

Repartis pour l’autre cote de la sierra, Berto me dit tout de go:

«On va croiser des hommes en armes sur la route, qui ne sont pas de l’armée.»- «Des narcos, alors»-«oui, mais des gentils»-«…»-«ils y les gentils Narcos, et les méchants.»-«Ah… Et comment on reconnait les uns des autres?»-«les méchants coupent[ils mutilent]. et ils tuent beaucoup. Les gentils, eux, ne tuent que les méchants»-«et qui sont les gentils?»-«les hommes du Chapo Guzman [homme le plus recherché de la planète, chef du cartel de Sinaloa].»

Sûr que c’est un peu naïf, comme vision des choses. Mais j’aurai de la peine à le contredire. Ils étaient plutôt courtois, et voulaient seulement savoir d’ou je venais. En fin de compte, beaucoup moins chiant qu’un check-point de la policía federal, connue pour soutirer des bakchich à tout ce qui passe.

Rappelle-toi qu’au Mexique, il faut plus se méfier des flics que de la mafia, m’avait dit mon paternel avant que je parte. Maintenant je sais même qu’il y a « des gentils narcos »!

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