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Mondialisation du sumo, lutteurs nippons à la peine

janvier 17, 2010

Hier septième jour du tournoi de sumo de début d’année, qui a lieu comme toujours ici à Tokyo. Nous sommes donc pile à la moitié du tournoi, qui a été riche en surprises. En fait, il m’a l’air plus ouvert que jamais. Impossible de dire qui va gagner le tournoi, et encore moins s’il va y avoir des promotions à des rangs supérieurs.

Au sumo, pas d’éliminatoire binaire comme au foot, à moins d’un désistement tous les sumotori luttent 15 fois. Le vainqueur du tournoi est celui qui a décroché le plus de victoire, mais pour grimper dans la hiérarchie, cela ne suffit pas toujours. la technique, la beauté du geste, l’esprit de lutte sont tout autant considérés. Seuls les sumotori des rangs les plus élevés recoivent un (gras) salaire, c’est-à-dire une infime minorité. Le rang suprême est celui de Yokozuna, que l’on perd dès que l’on gagne moins de dix rencontre lors de l’un des 6 grands tournois annuels.

Actuellement, les deux Yokozuna sont tous deux des natifs de Mongolie, le pays du Bökh (la lutte mongole). Asashoryu (« dragon bleu du matin »), yokozuna depuis 2003, alors qu’il n’avait que 23 ans, l’enfant terrible du sumo, fier de lui, ne réprimant pas un claquement de langue lorsqu’il perd (très mal vu, ça!), méprisant les autres rikishi (sumotori), râlant pour des augmentations de salaires… Il a été suspendu en 2007 pour avoir séché un tournoi de charité en prétextant une blessure, alors qu’en réalité il jouait au foot avec ses potes à Oulan-bator.

Asashoryu 朝青龍

Mais il a de quoi être imbu de lui-même, car c’est un rikishi comme on en voit pas plus d’un par décénnie! Il a gagné un nombre record de tournoi dans l’histoire du sumo, avec une technique extrêmement divesifiée. En juillet dernier, il a gagné une rencontre avec un yaguranage, une clé qui avait été utilisé pour le dernière fois lors d’un championnat en… 1975! Mais son kimarite (clé) de prédilection est sûrement le tsuriotoshi, lorsqu’il soulève en l’air son adversaire, dont les jambe sans plus de prise gigotent en vain dans l’air, le porte jusqu’à la limite du dohyo et le jette en dehors. Il a un jour vaincu Kotomitsuki, 158 kilos, avec ce kimarite.

Asashoryu expulsant son adversaire avec un tsuriotoshi

L’autre Yokozuna, Hakuho, de cinq ans le cadet d’Asashoryu, a accédé au rang suprême quatre ans après lui. Plus respectueux de la façon de faire japonaise et plus humble que son compatriote, la plupart des japonais le préfère à Asashoryu. Il est sans conteste extrêmement fort, en fait les deux Yokozuna naviguent loin au-dessus de tous les autres rikishi. Cependant, je trouve qu’il n’a pas la trempe et le relief d’Asashoryu. Etre Yokozuna ce n’est pas qu’un titre, c’est une attitude, ventrebleu! Pour que le rang reste un synonyme de demi-dieu, il faut que les rikishi qui l’arbore jouent le jeu, si je puis dire, de leur sanctification!

Hakuho éxécutant le dôhyô-iri, cérémonie d'entrée sur le ring (dôhyô) réservée aux yokozuna.

Hakuhô 白鳳 éxécutant la cérémonie d'entrée sur le ring(dôhyô) réservée aux yokozuna(dôhyô-iri).

Le rang suivant est celui d’Ozeki, qui étaient cinq jusqu’à l’année dernière, puis deux Sekiwake et deux Komusubi, deux rangs qui assez fuyants, difficile à tenir, et qui signifie généralement soit une probable promotion à celui d’Ozeki, soit une redescente au rang inférieur, celui de Maegashira. Ceux-ci sont une grosse vingtaine, mais ne recoivent pas de salaire et n’ont pas encore le lustre des rangs d’Ozeki ou de Yokozuna.Ces cinq rangs constitue la partie la plus haute de la hiérarchie, autrement dit le Makuuchi. Diffusé tous les jours à partir de 16h30 sur la télé nationale!

Jusqu’aux années 80, le sumo était exclusivement un sport japonais. Puis des hawaiens s’y sont mis, l’un d’eux a accédé au rang de Yokozuna, puis une deuxième, et la brêche était ouverte, signifiant aussi l’inéluctable déclin des lutteurs nippons. A partir des années 90, des tsongais, des coréens, puis des mongols, un peu plus tard des russes, géorgiens et des européens de l’Est ont été enrôlés assez massivement dans les écuries de sumo. L’entrée en vigueur d’une loi limitant leur nombre ne pu empêcher leur montée en puissance dans la hiérarchie. En 2003, l’accession au rang suprême par Asashoryu coïncida avec la retraite du dernier Yokozuna japonais en date. Actuellement, les mongols, de loin les sumotori étrangers les plus nombreux, tiennent la dragée haute: Les deux Yokozuna, un ozeki et plusieurs autres lutteurs dans la partie supérieure (le makuuchi) de la hiérarchie.

Des cinq Ozeki, trois était japonais. L’un vient de prendre sa retraite après avec perdu son grade après des défaites successives, un autre est un vétéran (38 ans!!), très respecté même s’il n’a jamais atteint le rang suprême, qui fait durer le plaisir mais dont on sait qu’il vit ses derniers tournois, et le dernier a aussi passé trente ans et a perdu presque tous ses match depuis le début du tournoi, risquant la relégation. Je prédis que le rang d’Ozeki sera vidé de ses rikishi japonais d’ici la fin de l’année!!

Reste un mongol et un bulgare, le beau gosse du sumo, qui a une bouille qui inspire la confiance montée sur un corps de 150 kilos de muscles. Très apprécié des japonais(es), forcément.

Kotoôshû 琴欧洲

Depuis bientôt trois ans, la situation tout en haut de la hiérarchie paraissait bloquée. Les deux Yokozuna mongols complètement hors de portée, des Ozeki stagnants mais gardant leur titre, et en-dessous aucune percée majeure. Or, les cartes semble être en train d’être rebattues. Asashoryu a perdu avant-hier, laissant la voie libre à son confrère Hakuho, comme au tournoi dernier. mais coup de théâtre, hier Hakuho à été vaincu par l’Estonien Baruto, tandis qu’Asashoryu limitait les pertes à cette seule défaite.
Ainsi donc, plus aucun lutteur n’affiche un tableau de 7 victoire sur 7 rencontre, et ceux qui n’ont qu’une défaite sont assez nombreux, dont notamment les deux Yokozuna, mais aussi ce même Baruto, Kotooshu le bulgare et Harumafuji l’Ozeki mongol. De ces trois, au moins l’un d’entre eux risque fort de grader au rang suivant. Je nourris beaucoup d’attente vis-àvis du bulgare Kotooshu, qui pourrait devenir le premier européen à accéder au plus haut rang de la hiérarchie. Mais rien n’est encore joué et les jours à venir vont être décisifs. Tant mieux, je vais justement y aller mardi! A suivre, donc, naturellement!

A.