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Hatoyama s’en va… Et Ozawa, au-ssi!

juin 2, 2010

C’est ce matin à dix heure qu’il a annoncé sa démission. Il aura tenu neuf mois! Depuis que le très populaire Koizumi est parti (il avait du flairer qu’il vallait mieux laisser les réformes les plus vache à un quelqu’un d’autre), aucun premier ministre japonais n’a tenu plus qu’un an (et il y en a déjà eu quatre). N’était le fait qu’ils arrêtent par découragement et pas par décès, on croirait revivre l’URSS de l’après-Brejnev, avec les camarades Andropov, Tchernienko et compagnie.

Hatoyama, qui avait tant de peine à diriger lorsqu’il avait le soutien des trois quart de la population et de la double majorité au parlement, n’a pas tenu plus de deux jours après qu’avant-hier son impopularité ait rongé jusqu’au rang de son propre parti.La semaine dernière, il a annoncé qu’il mettait un terme à ses tergiversations et qu’il renonçait définitivement à déplacer la base de Futenma hors de la préfecture d’Okinawa (comme je l’ai détaillé dans le billet précédent). Il flinguait ainsi les espoirs portés à bout de bras par des dizaines de millions de japonais, et surtout se faisait un surprenant seppuku politique.

Mizuho Fukushima

Ministre intègre inter omnes, Mizuho Fukushima, la chef de file du SDP, petit parti coalisé et integré au gouvernement Hatoyama, refusa de jouer le jeu de la trahison à grande échelle. Elle réitera qu’elle ne signerait pas un accord prévoyant la création d’une nouvelle base (soi-disant pour délester Futenma) sur l’île même d’Okinawa, et qui plus est en plein récifs corraliens. Hatoyama, semblant pour la première fois capable de décision, le fit hélas pour le plus grand mal, puisqu’il vira Fukushima. Pleutre, tergiversateur, incapable de trancher, annoncant chaque jour le contraire de ce qu’il avait dit la veille, et laissant en sus ses ministres exposer leur dissensions par presse interposée, il révélait en ne demordant pas de son plan encore plus haïssable que ceux des gouvernements de droite, la dernière facette de sa personnalité: un conservateur, qui ne pourrait mener le parti qu’à être un double du LDP.

Dès lors, il avait atteint le point de non-retour. Approchant les 15% de soutien (Aso a fait mieux avec 8%!!) de la population, il du encaisser, dans la foulée, le départ de la coalition du SDP de Mme Fukushima et la préparation d’une motion de censure par le LDP qu’une moitié des magistrats DPJ, ainsi que le SDP, les communistes et d’autres encore, s’apprétait à soutenir. Cela, comme conséquence directe de sa gestion de l’affaire Futenma.

Le renouvellement de la chambre haute en juillet y bien sûr pour beaucoup dans la démission de Yukio. Le DPJ ne peut se permettre d’aborder en si mauvaise posture les élections, d’autant que la perte (probable) de la majorité, en bolquant encore davantage la gouvernance, ne ferait pas avancer le schmilblik!

Ichiro Ozawa

On voit donc la patte du stratège tout-puissant, Ichiro Ozawa, derrière la démission de Hatoyama. Ozawa, faiseur et défaiseur de roi, Shiva destructeur et régénérateur, défenseur ambigu de la veuve et de l’orphelin aux sombres racines, poker face tantôt militant de gauche tantôt mafieux verreux. Le démiurge à tête de Janus de la politique japonaise, lui-même, démissionne lui aussi de son poste de président du parti (le DPJ bien sûr), et ça c’est une vraie surprise. Il y aurait été invité… par Hatoyama la poule mouillée! Mais mon petit doigt me dit qu’il est lui-même à l’origine de cette mise en scène. Le nez plus creux que Mitterand, plus poursuivi en justice que Berlusconi, plus pouvoir de l’ombre que Poutine, il vient probablement de sauver sa peau une fois de plus.

Ozawa

Le ciel politique japonais n’a jamais été aussi vide. Tandis que le DPJ passait de 70% à moins de 20% de soutien, les désormais partis d’oppositon LDP et Komeito (bouddhiste de droite, tendance pété-un-fusible) n’ont pas fait mieux. Je ne me trempe pas trop en prédisant que les élections vont voir un taux de participation si bas qu’on en pas pas vu depuis très longtemps. Le mois qui reste va voir un feroce brassement politique, le temps que les alliances se reforment et que les nouvelles têtes émergent.

Le gouvernement Hatoyama n’a jamais été aussi passionant que maintentant! Moi qui me désespérais de ne rien avoir à écrire de pertinent sur la politique japonaise depuis son arrivée, voilà que soudain le suspense frappe à grand fracas! A suivre!

A.

La chemise, antédatant de trente ans, qu'on dit avoir été une des causes de la chute de Hatoyama!

Rappel:

DPJ:centre à centre-gauche, au pouvoir, Parti démocratique du Japon

LDP:droite, opposition, au pouvoir pendant cinquante-cinq ans jusqu’en septembre 2009, Parti libéral-démocrate

SDP:gauche, petit parti qui vient de quitter la coalition au pouvoir, Parti social-démocrate

Turbulences dans le ciel politique

janvier 10, 2010

En 2010, je vais vous parler un peu plus de politique japonaise. Que ceux qui préfereraient être épargnés de billets sur la politique lèvent la main (ou m’envoient un mail).

Jusqu’à présent, je me suis retenu de le faire, craignant que vous n’ayiez pas la même fièvre que moi pour les manoeuvres de nos décideurs. Mais vous le savez bien, sous des dehors de platitude, il y a de vrais enjeux. Voici venu le temps de faire le point, et quelques présentations.

Le gouvernement Hatoyama a fêté cette semaine avec des sueurs froides ses cent jours à la tête du pays. Sa cote de popularité à chuté en-dessous de la barre des 50%, à 46%, alors qu’elle était à 77% à son arivée. Depuis quelques semaines, il se dépatouille dans un scandale financier (qui moi me fait plutôt sourire), mais je gage que c’est surtout son manque de clarté qui
lui coûte des points, beaucoup de points.

Yukio (Hatoyama) vient d’une famille qui n’a toujours connu que l’opulence, il n’a pas la rage de vaincre de certains politiciens et donne une image très posée, voire un peu anémique. Le scandale en question, le voici. Sa mère, qui soutient avec amour les ambitions politiques de son fils, a fait don au Parti démocratique de plusieurs millions de francs (je traduis). Il faut dire qu’elle est l’héritière du fondateur de Bridgestone, le géant du pneu. Seulement voilà, l’argent a été transféré sous des faux noms, un particulier ne pouvant faire don de plus d’environ 15’000 frs. Sûr que cela ne suffit pas à mettre sur pied un parti d’envergure nationale!

Les cadres du Parti démocrate (PDJ) sont en majeur partie des transfuges du PLD, le parti de droite qui a présidé a la destiné du pays presque sans interruption depuis 1955. Et pourtant, si l’on prend le programme du PDJ à la lettre, on peut être agréablement surpris qu’il se démarque très nettement du PLD sur plusieurs points cruciaux. En particulier concernant la part du budget alouée au grands chantiers (comprenez, au bétonnement du pays) ainsi que la politique familiale (quasi-inexistante), le programme du PDJ est relativement audacieux. Or bien que la politique familiale (concretement, une allocation annuelle de 300’000 yen-environ 3300 CHF- par enfant, la gratuité de l’école publique, et la fin de la discrimination médicale des plus de 75 ans, entre autres mesures) soit l’attente principale des Japonais, le gouvernement a jusqu’à présent mis son énérgie dans une autre bataille: Celle de la reconquête du pouvoir administratif, qui devrait permettre de faire d’une pierre deux coups.Explication.

Si l’on devait résumer les 54 ans de règne du PLD en un mot, ce serait: collusion. Collusion entre les politiciens, les bureaucrates, et les grandes entreprises de l’industrie lourde et de construction. En une sorte de cercle incestueux, les politiques, souvent chefs ou hauts cadres d’entreprises, ou au moins partageant étroitement des intérêts avec l’industrie, confiait la préparation du budget à l’administration centrale, qui subventionnait grassement et commanditait des chantiers à ces mêmes entreprises. En échange, les fonctionnaires bénéficiaient de nombreux privilèges, notamment le fameux amakudari 天下り, système permettant aux bureaucrates prenant leur retraite de se voir offrir automatiquemement un poste dans le secteur privé – et parfois aussi dans d’autres parties du secteur publique, ou même comme député!! Un système pourri jusqu’à la moelle, mais dont personne ne décriait tant qu’il apportait de la croissance.

Or cela fait longtemps que la croissance est artificiellement dopée par des travaux qui n’ont plus aucun sens: Barrages qui coûtent plus qu’ils ne servent, nouvelles routes en rase campagne que personne n’emprunte, canalisation massive des rivières, bétonnage de pans entiers de montagne (soi-disant pour éviter les glissement de terrains), engloutissement de l’entier des milliers de kilomètres de côte sous des tripodes géants en béton, sans oublier la démolition et la reconstruction  à intervalle régulier de tous ces ouvrages (barrages exceptés) avec des différences infimes. En fait de croissance, qui stagne depuis deux décennie, cela sert plutôt à garder la tête hors de l’eau aux entreprises de construction.

L’administration centrale dans ses quartiers généraux de Kasumigaseki (qui signifie assez ironiquement « la barrière de brouillard ») marche en circuit fermé, elle s’est deconnecté du reste de la nation depuis longtemps. Comme une machine qui s’est emballée et continue sa course desespérée, hors de tout contrôle. Reprendre le contrôle de la machine folle de l’administration et la purger, voilà la grande bataille du nouveau gouvernement, et elle se poursuit encore. Il a commencé par reprendre point par point le budget, afin d’éliminer « toute dépense inutile ». tout y est passé, des autoroutes aux réféctions d’école, des barrages aux subventions à la culture. On peut craindre que dans la foulée, des dépenses vitales (dans la recherche par exemple) aient été sabrées, à l’inverse on peut aussi regretter que les braves fouilles-merde du gouvernement n’y soit pas allé plus fort encore sur les autoroutes ou le bétonnement du paysage, mais le résultat est assez probant, et la teneur finale du budget a été dévoilé il y a deux semaines. Si le gouvernement Hatoyama a réussi à le réduire drastiquement par rapport à ce qu’avait décidé son prédecesseur Aso, il a fallu financer notamment les nouvelles allocations familiales, et le résultat est un budget record de 92 milliards de yen, environ un milliard de CHF. Il va sans dire qu’il a été incendié de critiques par le PLD, qui harcèle le nouveau gouvernement depuis son premier jour d’investiture. Alors même que le PLD, lorsqu’il tenait les rênes, voulait un budget encore plus monstrueux! Hypocrisie…

Avec le recul, le PDJ semble suivre la ligne qu’il s’est fixée, elle se conçoit bien. Mais au jour le jour, à regarder les news à la télé, et à entendre des avis contradictoire émaner des ministres, le citoyen ne percois plus qu’un grand cafouillage. En particulier sur un autre sujet brûlant, les bases américaines à Okinawa, le gouvernement Hatoyama se ridiculise tant il peine à défendre une position unie. Le premier ministre lui-même a récemment reçu le sobriquet de « Mr. 15 minutes », le temps qu’il met à changer d’avis. Je vais détailler la controverse de la relocalisation de la base de Futenma dans un prochain billet.En tout les cas, le suspense dure encore et la donne semble changer chaque jour.

L’érosion de la cote de popularité de Hatoyama, pour moi, est surtout due à sa frilosité, son manque de charsime et  de clarté, en bref son incapacité à être bon communicateur, malgré des avancées notables. A sa décharge, les avis divergents son légion au sein du gouvernement, et je me demande souvent si ses propos souvent ambigus ne servent pas à apaiser tout le monde. Si c’est le cas, c’est une mauvaise idée. Au yeux de la plupart, Yukio est un premier ministre fantoche, une sorte de noeud pour ficellant difficilement un paquet hétéroclite de ministres. Le vrai décideur, lui, s’appelle Ichiro Ozawa, le chef du parti, une bête politique qui serait ministre s’il n’était pas empêtré dans une affaire de corruption dont le procès s’est ouvert récemment.

Loin de moi les fumeuses explications des évenements de l’histoire par une sorte d’âme incarnée dans chaque nation( à la Reischauer), mais le petit jeu Hatoyama-Ozawa me fait penser à une structure de pouvoir très commune dans l’histoire du Japon, où celui qui le détenteur effectif du pouvoir n’est pas celui qui détient le titre de dirigeant. Ainsi la famille Fujiwara gouvernant à la place de l’empereur, puis les Yoritomo, puis les Hôjô noyeautant le pouvoir des Yoritomo, et ainsi de suite comme des poupées russes.

A.

Histoire de sous

octobre 22, 2009

Le nouveau gouvernement est engagé depuis un mois dans un bras de fer avec ce qu’il nomme « les bureaucrates ». Derrière l’énorme appareil administratif se cachent souvent les intérêts de grandes companies, qui ont elles-mêmes de forts liens avec le LDP, parti de droite qui a gouverné depuis la fin de l’occupation américaine. La défaite du LDP n’empêche pas la bureaucratie japonaise de continuer dans la ligne de ces dernières décennies, prenant elle-même la plupart des décisions concernant le budget et la répartition de la manne. En fait, cela fait très longtemps que la pieuvre administrative est deconnecté du politique, qu’elle tourne toute seule, selon un mouvement qui date des trentes glorieuses et qui fait preuve d’une édifiante force d’inertie.

Le gouvernement Hatoyama a décidé rien de moins que de réviser lui-même l’entierté du budget extraodinaire prévu par son prédecesseur, en examinant point par point ses tenants et aboutissants. Pas question de laisser l’administration décider, l’utilisation de chaque centime doit être vérifiée par le cabinet lui-même. …Et 3 milliards de yen économisés!

Les ministres n’en dorment plus. L’un d’eux a du récemment décider si l’état devait continuer à financer les éditions spéciales de pièces de monnaies à l’éffigie de chaque préfecture… Et il a eu cinq minutes pour décider!

A mon avis, il l’a fait à pile ou face.

A.