Posts Tagged ‘centrale nucléaire de Fukushima’

Circulez, y’a rien à manger!

mars 17, 2011

Dans les kombini (convenience store), petits magasins omniprésents, vendant de tout et ouvert 24h/24h, la plupart des rayons sont vides. Les seuls articles qui restent: les affaires d’école, parce qu’elles s’écoulent lentement. Les boissons et les journaux/magazines, parce qu’ils sont encore approvisionnés.

Non, le Japon ne manque pas de nourriture. Il est structurellement paralysé. La marchandises ne parvient plus suffisamment par rapport à la demande. Et des vieilles coutumes reparaissent, comme celles du bentô qu’on prépare soi-même le matin. L’autre jour à midi, ma copine n’y avait pas pensé, contrairement à ses collègues. Elle a eu une chance inouïe, elle raflé le dernier onigiri du kombini de son quartier.

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Rapatriement sanitaire par l’ambassade française

mars 16, 2011

Rendez-vous avant 21h à l’aéroport de Haneda, pour un départ à 3h45 du matin. le ciel était parfaitement vierge d’avion. Des rumeurs circulent, l’aéroport de Narita serait fermé. Les rumeurs vont bon train.

L’avion est sans télé, sans film…comme à l’époque. Et même avant l’époque: Nous sommes montés sans carte d’embarquement. L’équipage est portugais, les repas par All Nippon Airways, les médecins français, escale à Helsinki…

L’ambiance est sereine, et les marmots braillent moins que je ‘aurais pensé. Ils sont sûrement trop fatigués. L’avion n’est rempli qu’au deux tiers, apparemment l’information n’a pas touché tout le monde, ou alors certains hésitent encore à partir. Pour ma part c’est ma famille qui a vu l’information et me l’a immédiatement communiquée. J’ai été accepté à cause de mon bras récemment blessé (voir billet « Voyage dans un hôpital japonais »).

La file des "rapatriables"

Les traumatisés du Japon auront eu un accueil privilégié. Ministère, samu, croix-rouge, police et chocolat chaud. Plus loin, la dernière étape, les journalistes. Une bonne douzaine de micro et plusieurs caméras tendus vers moi (en doudoune bleue), on m’a demandé mon sentiment, et j’ai répondu:

-Soulagé d’être ici, mais en partie seulement. La plupart d’entre nous laissons des proches là-bas. Je retrouve ma famille ici, mais je laisse ma copine et des amis chers, alors la tension continue.

-Pourquoi êtes-vous rentré?

-Parce que j’ai toute ma famille ici, et qu’elle s’inquiétait trop. Et puis j’ai fini par avoir peur moi-même, parce que c’est difficile de résister à la psychose.

Réplique à Fukushima

mars 16, 2011

Des répliques, le site http://typhoon.yahoo.co.jp/weather/jp/earthquake/
en liste des dizaines par jours. Il y a quatre minutes, c’est à l’est de la préfecture de Fukushima, dans la région de la centrale. Avec une magnitude de 4.4, ça n’est pas pour rassurer. La centrale est faite pour endurer des séismes de 7. Seulement, elle est endommagée, et les séismes gênent encore un peu plus les équipes d’urgence.

La terre nippone

mars 16, 2011

En guise d’au-revoir, la terre nippone nous a gratifié d’un tremblement de force 6+ tandis que l’on attendais à l’aéroport.
C’est comme dans les films à suspense: Sur le point de partir, et le monstre resurgit. Comme courir sur une banquise qui s’effondre à chaque pas.

L’alarme a retentit, un responsable de l’aéroport a ordonné d’interrompre l’enregistrement des bagages, personne n’a crié, personne ne s’est déplacé sauf les gens près des fenêtres. Elles sont grandes et elles ondulaient lentement d’avant en arrière, dans un bruit sourd.

Dernières heures japonaises.

mars 16, 2011

Tiré de mes notes d’hier:
« Je vis à régime réduit.

Je n’ai pas faim, je ne fait pas de nuits complètes, j’évite de sortir, j’hésite même à aller aux toilettes, des fois qu’il y aurait des particules terrées dans le couloir.

J’essaie de rester cloîtré entre ces murs fins comme la largeur de deux doigts et de portes coulissantes en papier. Que peut bien valoir mon appartement déjà fissuré?

J’en suis au point où je doute même de l’air qui m’entoure. »

Très tôt ce matin, les yeux rivés à l’écran:
« Les annonces de nouvelles répliques n’ont jamais eu un effet aussi rassurant. Ah! Un 5+ à Ibaraki… et sans victime en plus: Le bonheur. Ce qu’on redoute, ce sont les nouvelles de la centrale. Elles sont pires d’heure en heure. Des news de tremblements de terre, ce sont autant de minutes passées sans news mortifères en provenance de Fukushima.

J’ai voyagé 6 mois entre Pakistan et Afghanistan, je sais la peur de voir la fin un peu trop tôt, mais une angoisse si longue et en crescendo, je ne connaissais pas.C’est que la menace actuelle est un spectre.

Un gros tremblement de terre, c’est palpable, concret, visible! Mais une catastrophe nucléaire, c’est tellement plus sournois. »

Décollage

mars 15, 2011

Aéroport de Haneda. Trois heures du matin.
La diplomatie française a gracieusement offert à ses citoyens d’être rappatrié par l’avion qui a amené les secours au victimes du tsunami. Je suis à bord.

Pour la plupart des familles avec enfants en bas âge, ou des femmes enceintes. Le soulagement du départ est balancé par l’angoisse de laisser des proches, puisque la plupart sont des couples franco-japonais.

Mais avant tout c’est le choc d’avoir réalisé que l’horreur peut faire partie de nos vies.

Le 36eme stratageme

mars 15, 2011

Vous le connaissez, c’est la fuite.

Je pars. J’ecris depuis l’aeroport de Haneda, plonge dans une impressionante serenite (et des avec des claviers sans accents).

Les japonais dans le bus a destination de l’aeroport, faisaient l’air de rien, mais j’ai bien senti une once de culpabilite. Au Japon, meme quand on court au desastre, on court au desastre tous ensemble. La societe japonaise hait la debandade.

Mais moi je suis un gaijin, au fond.

J’ai empaquete mes affaires les plus precieuses, mais elles ne remplaceront pas ma copine qui elle reste ici. Me voila bientot dans votre role, celui de scruter les infos avec anxiete, en celui de scruter les infos avec anxiete, en priant les dieux.

La mascarade nucléaire

mars 15, 2011

J’ai éteint la télé, elle me donne la nausée.

Je risque d’en avoir une bien plus sérieuse de nausée, alors autant se changer les idées tant que ce n’est que psychologique!

Les conférences de presse de la Tepco sont un vrai foutoir. Pas une phrase n’est complète, les têtes de la boîte se regardent entre eux, l’air perdu, à chaque question, et la moitié du temps ils disent qu’ils y répondront à la séance suivante. Si les Japonais maintiennent leur flegme même à ce stade de la tourmente, les cinq de la Tepco sont les types les plus paniqués du pays. A chaque conférence ils oublient des feuilles, hésitent de longues minutes, se lèvent, se rassoient, oublient d’allumer les micros… En un mot ils sont absents. Les voir se démener en vain, voilà des images qui faisaient peur!

Et tandis que j’écris, le sol tremble encore. Comme si la terre en nous secouant, voulait nous dire: « Hé les gars, réveillez-vous, c’est juste un sale cauchemar! »

La deuxième atomisation du Japon a commencé

mars 15, 2011

Désormais, les 4 réacteurs de la centrale Fukushima n.1 sont endommagés. Le deuxième a subit une explosion ce matin et tout à l’heure c’est le quatrième qui s’est partiellement embrasé, quoique le feu semble éteint à l’heure où j’écris.

Par incidence, la bourse dévisse a -14%, mais les gens ont de toute façon autre chose en tête.
L’électricité étant « rationnée » par Tepco, les trains et métros voient leur fréquence réduite drastiquement. Devant certaines gares de la mégapole, des files de plusieurs milliers de personnes se sont formées hier soir. Beaucoup n’ont pas pu prendre leur train, malgré une très longue attente. Mais personne ne râle. On en pleurerait autant d’admiration que de pitié.

D’autres me tirent des larmes pour de bon. Les survivants des villes et villages de la côte de Sanriku n’aperçoivent pas le bout de l’attente, entassés dans les abris de la sécurité civile. Les vivres commencent à manquer, et même l’eau potable ne parvient plus en suffisance dans certaines localités.

A mi-chemin entre la région du Sanriku et la capitale se trouve la centrale nucléaire en déliquescence. La paroi de l’un des réacteurs serait fissurée, et la radioactivité a fortement augmenté dans la région. Les chiffres annoncés sont passés de microsieverts/heure à millisieverts/heure, soit mille fois plus! Les gens ont été évacués dans un rayon de 20km et doivent rester cloîtrés chez eux dans un rayon de 30km.

A Tokyo, la radioactivité a légèrement augmenté, sans toutefois représenter un risque sanitaire… pour l’instant. Comme les vaguelettes d’un caillou projeté dans un mare limpide, lentement l’atomisation fait tache d’huile.

Le crépuscule des dieux

mars 15, 2011

J’avais déjà vu la mort en face, mais jamais dans mon dos.

Les rumeurs vont plus vite que les nouvelles et j’entends des sons de cloches contradictoires. La population ici est retournée travailler ce matin, s’entêtant dans la routine quotidienne comme pour conjurer le sort. Ultime tentative d’éviter le chaos d’une panique généralisée.

J’ai retrouvé ma copine hier soir mais j’ai passé la nuit a parler à ma famille, et elle m’a fait la tête. Je la comprends.

Nous avons très mal dormi, sursautant souvent, se réveillant par intermittence, et au milieu de cauchemars. Plusieurs fois nous avons cru « sentir » le nuage passer, nous traverser de part en part. La puissance de l’imagination…

Une imagination pas très éloignée de la réalité, en fait, puisque l’eau s’étant maintenant complètement évaporée dans au moins deux réacteurs -si je comprends juste- la fusion du combustible a commencé. Le cycle infernal n’a pas l’air de se laisser enrayer.