Posts Tagged ‘difficultés’

vase clos

octobre 15, 2009

Déjà cinq-six semaines que je suis ici et le Japon me paraît plus hérmétique que les autres fois. Malgré la sensation d’être en terrain familier, je suis un peu à la peine, ces derniers temps, de me concocter un quotidien qui me fasse me lever tout les matins avec la certitude que j’ai mieux à faire que d’écraser une énième fois le réveil. La question classique « Êtes-vous habitué à la vie japonaise? » m’a toujours fait un peu rigoler, mais il y a une question bien plus grave, c’est de savoir ce qu’on en fait. Rien à voir donc avec le mal du pays.

Bien au contraire, ce qui me met mal à l’aise, c’est que j’ai l’impression d’être encore à l’extérieur. Je n’arrive pas à m’immerger entièrement, je ne trouve pas le sas pour être englouti, pour être happé par les tourbillon de couleurs que vois mais qui me résistent encore. Je les sens sous mes doigts mais il reste un film, un hymen que je ne parviens pas à percer. Un an au Japon, l’occasion pensais-je de faire entièrement corps avec cette terre. Elle me résiste encore, mais plus pour longtemps.

Le noeud du problème se résume à trouver le point d’équilibre. Une question de dosage. Pour moi, entre étude, sport, sorties, lecture, photo, musique, demoiselles, exploration au hasard, et de nombreux projets…

Je revis la difficile approche de mon débarquement en mars 2007, au bout de 19 mois de périple (golivoyage.blogspot.com). J’en avais bavé: trois mètres carrés de vie privé, du riz avec de la sauce soya à tous les repas, 11 autres personnes dans le même appartement, tous avec un horaire différent, pas d’argent et le plan un peu fou de trouver un job sans même parler la langue. Au bout d’un mois, j’avais disloqué chacune de ces entraves.

Mais la comparaison est surfaite, car d’une part j’ai appris de ces expériences, et d’autre part mes exigences sont plus hautes cette fois-ci.
Ce qui m’a mis le moral en bas ces derniers jours, la goutte qui a fait déborder le vase, c’est de ne plus voir mes amis japonais proches. Ils se comptent sur les doigts d’une main, et ce n’est pas étonnant, au Japon cela prend des années. Est-ce la crise, qui les oblige à marner comme jamais, ou le fait que je ne pars pas tout de suite? Les deux, sûrement. Mais les amis comme ça, ça ne se fabrique pas du jour au lendemain. D’où un certain vide.

Le vide, c’est aussi le fait de ne pas bénéficier des privilèges du voyageur: être fugace, fasciner, décider soi-même du début et de la fin de ce qui arrive…

Désormais, il me faut être un voyageur malgré l’immobilité. Je vais fendre la coque de mes habitudes et repousser les limites de mon horizon. Le cafard d’aujourd’hui engendre un déclic demain. C’est maintenant que tout commence!

A.