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La chasse a l’arbre

mars 4, 2011

Tout a l’heure, départ pour Hong Kong.

 J’y retrouverai Daniel qui est venu me visiter il y a juste un an. A vrai dire, il avait été envoyé par sa mère voir un oncle qui devait lui inculquer les bonnes valeurs du libéralisme économique (que la famille de Daniel me pardonne si j’ai mal compris). Mais Daniel passa finalement le plus clair de son temps avec moi, plus intéressé par une étude sociologique… des troquets de Tokyo.

 

Hong Kong,  paraît-il, c’est LA skyline de l’Asie. Pas une mégapole comme Tokyo, bien sûr, mais beaucoup plus ramassée, elle n’en est que plus graphique. Une forêt de tours serrées qui borde le port Victoria, immédiatement ourlé par des collines tropicales. Sans transition entre les tours-crayons et les pentes boisées. Pas de demi-mesure, pas de demi-immeuble. Là-bas 100 mètres c’est la norme, que dis-je, le plancher de la ville.

 

J’irai vérifier tout ça. Mais comme je ne vais pas tous les jours en Chine, je ferai aussi un saut hors de l’ex-colonie britannique. Revoir la campagne chinoise. Les villages paumés, si terreux, si boueux, si merdeux. C’est n’est pas péjoratif! Plutôt ma propre expérience. Je me rappelle ce boui-boui dont les latrines donnaient sur la porcherie. Ça leur tombait dessus, et eux, ils étaient la nourriture des prochains clients.

 

Le mieux pour trouver de la campagne authentique, qu’elle soit avec ou sans latrines-porcherie, c’est d’aller au hasard dans les vallées. S’éloigner des grands chemins, s’enfoncer dans les montagnes, remonter le cours des rivières. Avoir une destination, fort bien, mais veillez à la maintenir provisoire. Il vaut mieux se garder de tout miser sur une localité, car la campagne profonde se révèle le plus souvent en chemin.

 

Le  but de ma visite sera donc… un arbre.

Et si au passage je traverse des terres qui me plaisent, tant mieux! L’arbre en question (Cathaya argyrophylla) ne se trouve que sur 4 ou 5 montagnes dispersées dans le Sud de la Chine. Et dans chaque localité, ce ne sont des populations que de 10 à 30 individus, perdus dans l’immensité de forêts déjà difficiles d’accès. La ville, la plus proche de la montagne que je vise, est à une vingtaine d’heures de Hong Kong, et encore je ne suis pas sûr que l’autoroute Canton-Guilin soit achevée.

 

J’ai déjà « chassé » le Cathaya il y a neuf ans, sur une montagne sûrement plus accessible dans la région de Chongqing. J’avais 15 ans et j’étais avec mon père que j’avais embarqué dans cette quête au specimen dont je savais seulement deux choses:

1) Il y en avait un groupe dans le massif montagneux.

2) Cathaya se dit « Ying Shan » – mais attention aux tons!

 

Nous avions payé un taxi de Chongqing jusqu’au pied de la montagne, trouvé là un téléphérique qui nous amena trop haut, marché sur des sentiers en demandant notre chemin vers l’arbre à des locaux dont les informations ne se recoupaient pas toujours, et puis finalement sommes arrivés à un village perdu dans la brume, une sorte de mirage.

 

Là,  nous trouvâmes des autochtones d’une minorité ethnique qui ne parlaient pas beaucoup mieux chinois que moi, mais qui acceptèrent avec enthousiasme de nous guider. Deux d’entre eux nous firent enfourcher leurs mobylettes. Holà, pas sans casque, avertit mon père. Des casques? Bien sûr ! On nous remit donc des casques de chantiers déglingués. En guise de chauffeur, j’eus droit au plus bavard des deux types, qui manifestement surestimait mes connaissances en chinois. Sur la piste boueuse,  il freinait en jouant autant du pied que de la main, histoire de ne pas trop s’entailler le doigt. Car son frein s’étant désossé, il avait enroulé le câble autour de son doigt. 

Nous fûmes soulagés lorsqu’ils nous indiquèrent l’endroit à partir duquel il fallait poursuivre à pied. Pas pour très longtemps, car il n’y avait même plus de chemin, et la pente à descendre était particulièrement raide. Après quelques pas maladroits, nous nous résignâmes à nous laisser glisser sur la boue, ce qui n’empêcha pas mon père de s’écorcher la main sur des bambous. Enfin,  j’aperçu LES arbres. Un petit groupe, sur un rocher en forme de pain de sucre. Une relique sortie tout droit du temps des dinosaures. Je trépignais à l’idée de pouvoir toucher son écorce, examiner ses aiguilles, et peut-être même récolter des graines!

 

J’approchai, cherchant du regard des prises dans le piton rocheux. Pour découvrir qu’elles avaient toutes été bétonnées. Fin de l’aventure.

C’était ma première rencontre avec des Cathaya sauvages. Mais j’espère bien les retrouver la semaine prochaine!

Trahison!!!

mai 24, 2010

Manifestants à Naha, Okinawa. Le caractère signifie "colère".

Alors qu’Obama va, bonant-malant, de l’avant dans la réalisation de ses promesses électorales, au point qu’on aurait presque envie de lui faire confiance, l’autre président qui portait les espoirs d’un pays portés depuis si longtemps, j’ai nommé Yukio Hatoyama, continue de décevoir! Sa cote d'(im)popularité est en train de passer sous la barre des 20%, alors qu’il était entré en fonction avec un remarquable 75% en septembre. Jusqu’à présent il s’était montré incapable d’initiative, de prise de décision claire, et de mesure concrète, décevant ses soutiens les uns après les autres. Mais aujourd’hui, il a fait bien pire, il a trahi le peuple entier, sacrifiant sa promesse la plus emblématique.

Carte des bases états-uniennes (en rouge) sur l’île principale d’Okinawa. Elle se logent dans des zones densément peuplées, sauf au Nord où elles menacent un écosystème naturel unique et menacé.

Le feuilleton « Futenma » dure depuis des mois, et n’a pas arrêté de faire la une des journaux et des JT. Il s’agit du transfert d’une des innombrables bases de l’armée états-unienne d’Okinawa. Futenma se trouve au coeur de la ville de Ginowan, 90’000 âmes, dans la partie la plus densément peuplée de l’île, et est immédiatement encerclée de maisons et d’immeubles d’habitation que les hélicoptères de l’USAF rasent quotidiennement dans une explosion de décibels. L’un d’eux s’est d’ailleurs écrasé dans les bâtiments de l’université en 2004. Lorsque les enquêteurs japonais voulurent entrer sur le lieu de l’accident, ils en furent empêché par l’armée américaine, et les journalistes violentés.

La base de Futenma, au coeur de la ville

Non seulement l’USAF exerce la justice elle-même sur le territoire des bases, mais encore les militaires coupables d’actes criminels ne sont jamais livrés à la justice japonaise. Ainsi le sergent qui viola une fille de 14 ans en 2008 n’a jamais été jugé par la justice japonaise, tandis que le tribunal militaire de l’armée etats-unienne ne l’a reconnu coupable que d’agression, mais pas de kidnapping ni de viol, une évidence pourtant flagrante! Ce n’était pas la première fois. Parmi les cas de viol par l’armée US, c’est le viol collectif en 1995 par trois marines d’une fillette de 12 ans (!!) qui reste le plus vivement dans les mémoires meurtries des Ryukyans. Les cas d’accidents de la route mortels commis par des militaires (comme récemment un sexagénaire shooté par des marines sur une route de campagne et laissé pour mort) est monnaie courante et je m’écoeurerais moi-même à dresser une liste. Plus sournoises encore sont les nuisances quotidiennes. Dans les classes des écoles, dans les maisons, les hôpitaux, les magasins, c’est des dizaines de fois par jour que les vitres tremblent presque à se briser, qu’on ne s’entend plus, que l’on devient sourd prématurément.

Tiré du site "US marines in Japan"... Quel cynisme!

Il n’est pas abusif d’affirmer que la restitution de l’archipel d’Okinawa (en 1972) ne s’est fait qu’à moitié, et presque la moitié de l’île principale est restée une colonie américaine de facto. Le fait que la base de Kadena a abrité jusqu’à 1200 ogives nucléaires, en totale violation du traité nippo-américain, est un secret de polichinelle.

Futenma n’est qu’une des innombrables souffrances que l’USAF inflige à Okinawa depuis 65 ans. Hatoyama avait promis de la déplacer « au moins hors de la préfécture (et si possible hors du pays) ».Ce faisant, il ne se serait acquitté que du devoir moral le plus minimal. Aujourd’hui, il a officiellement jeté l’éponge et s’apprête à proposer de déplacer une partie des installations militaires de Futenma vers les environs de Camp Schwab, à Henoko, district de Nago. Concrètement, cela implique de faire sauter des coraux uniques, partie d’une réserve classée à l’Unesco, de les recouvrir de milliers de tonnes de boue pour gagner un kilomètre sur la mer et en faire une piste d’atterrissage. Exactement à l’endroit où survit une population isolée de dugong de moins d’une cinquantaine de spécimens, déjà classée « en danger extrême d’extinction ».

Dugong

Le plan est dénoncé par 400 ONG internationales traitants de questions environnementales, 899 experts des coraux et une écrasante majorité des habitants du district dont le maire. Même les américains ne sont pas très enthousiastes, le coin étant réputé être un couloir à typhon. Mais le plus ironique, c’est que ce plan a été élaboré par le parti libéral-démocrate, « renversé » après des décénnies d’hégémonie, notamment à cause de l’incurie fasse au supplice d’Okinawa! Hatoyama revient au plan qu’il avait lui-même maudit. C’est le pire qui pouvait arriver: avant même d’ouvrir des négociations avec les Etats-unis, il soutient la création d’une base supplémentaire, d’un nouveau monstre, d’un énième Futenma!

A.