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Petites surprises de fin d’année

décembre 4, 2009

Bonjour!

Oui, je sais, on est vendredi, et je vous avais dit que j’écrirai mercredi. Bon, mais j’ai une excuse! J’ai la crêve. Oh non, pas la nouvelle à la mode, juste un bon vieux rhume. En fait, une angine qui déborde un peu et explore d’autres organes voisins.

Bref, rien de grave, pas de quoi désespérer. Désespéré, il faut croire que certains le sont, et ici-même. Hier encore, dans le métro, la voix mécanique de l’auxiliaire a retenti:

« Mesdames et messieurs, message à tous les usagers. Pour cause d’un accident impliquant des victimes humaines, ce train doit effectuer des arrêts prolongés à chaque gare. Nous vous remercions pour votre coopération et vous prions de bien vouloir accepter nos excuses les plus sincères. »

Ce qu’il faut traduire par: Un type s’est jeté sur la voie, le temps de déblayer les restes nous allons rouler à vitesse d’escargot.

Les suicides sur les voies de train, c’est chaque jour! En classe, il se passe rarement une semaine sans que l’un de nous arrive en retard à cause d’un de ces « accidents impliquant des victimes humaines ». Si vous me passez une remarque sarcastique, je pensais les Japonais moins égoïstes. Le suicide d’une personne bloque des milliers de cols blancs qui vont au turbin, et fait perdre des sommes énormes aux compagnies ferroviaires qui doivent affréter des bus spéciaux voire payer des taxis pour mener à bon port les passagers.

J’aimerais bien connaître le sentiment du conducteur, a chaque fois que son train arrive en gare, les gens en rang derrière la ligne jaune, impuissant, le cas échéant, à empêcher l’un d’eux de se précipiter. A-t-il la gorge qui se serre? Ou bien est-il résigné, ayant appris à fonctionner machinalement sans trop penser aux passagers sur le quai comme à des individus?

Mais pourquoi donc les trains, et pas le gaz ou tout simplement le mélange de médicaments, qui demande sûrement moins de courage? Ont-ils comme un reflexe de mourir par la machine même qui les a fait souffrir, en les conduisants chaque jour au trimard qui les vidait de leur suc sans en retour leur offrir satisfaction?

Du reste, parmi les 30’000 japonais qui se donnent la mort chaque année, certains préfèrent la falaise. Pas n’importe laquelle, surtout celle de Tôjinbô, côté Mer du Japon. Le gardien de ce spot qui parfois attire aussi les touristes , repère les gens qui se morfondent seuls près de la falaise, va vers eux nonchalament et leur parle un peu, l’air de rien. Il a ainsi dissuadé nombre de candidats au suicide. Très exactement, il a sauvé hier une 135ème personne. Jamais personne, dit-il, n’a refusé de lui parler. Au contraire, c’est bien parler qu’ils désirent le plus.

La fin d’année approche, et avec, les bônenkai 忘年会, littéralement « réunion pour oublier l’année ». De joyeuses beuveries comme les japonais savent si bien les faire: légères, enthousiastes et presque jamais violentes. Tout-à-fait réjouissant. Sauf lorsqu’on ne l’a pas choisi. Je veux parler des bônenkai de sa propre kaisha 会社 (compagnie, boîte). Lorsqu’un senpaï 先輩, un supérieur hiérarchique, invite ses inférieurs (ses kôhai 後輩), ils ne peuvent refuser! Cela peut arriver n’importe quand (pas qu’en décembre!!). La majorité trouve cela absolument emmerdant, mais shôganai! (« C’est comme ça! on n’y peut rien! ») Il faut bien évidemment garder bonne figure, rire aux blagues plates, faire semblant de s’amuser, et se saoûler même si l’on en a aucune envie. Comment les japonais font pour participer si souvent à ce genre de sorties les jours de semaine sans pour autant arriver en retard ou la figure hâve le lendemain matin, reste pour moi un mystère.

Publicité pour un bônenkai. Elle proclame: « faire santé avec 130 millions de personnes! » J’adore cette pub. Regardez bien l’image, de charmants paysans et d’authentiques pêcheurs sont venus montrer leur produits du terroir. Et tout le monde trinque d’un air si naturel, pas surfait pour un sou!

Mais il y a pire encore, en fin d’année. Les sâbisu zangyô サービス残業 qui se multiplient, par exemple. zangyô signifie heure supplémentaire, et sâbisu, c’est comme en Suisse, « service »! Donc, des heures supplémentaires non rémunérées, comprises comme devoir moral vis-à-vis de sa compagnie. Au Japon, Tout-Le-Monde fait des sâbisu zangyô. Cela existe aussi chez nous, mon papa d’ailleurs en est un grand spécialiste.

Dur, dur, d’être un salaryman! Heureusement, avant l’étape du suicide, il y a d’autres échapatoires. Les jeux de hasard par exemple. Cette année, la grande loterie de Noël a déjà vendu des dizaines (centaines?) de milliers de tickets. Mercredi dernier, premier jour de la vente, à huit heures et demi 1050 personnes attendaient l’ouverture du petit guichet de Nishi-Ginza qui a la réputation de vendre des tickets gagnants. J’ai vu des grand-mères dépenser leur rente du mois pour acheter des cartons entier de tickets.

Finalement, pour ceux qui préfèrent s’éteindre lentement, il y a la clope. Le gouvernement Hatoyama prévoit d’augmenter les taxes sur le tabac, mais beaucoup de magistrats s’y opposent. Enfin, non, pas en période de crise! laissez le peuple tirer sur son mégot que diable! Laissez-le s’éreinter à la corvée, se pourrir le foie et acheter son ticket de loto!

Mais les japonais peuvent se réjouir d’une chose au moins. Voyager à l’étranger est devenu beaucoup plus abordable, avec la hausse du yen, qui bat des records ces derniers jours. Et là, c’est moi qui l’ai dans l’os!

Enfin, heureusement que le père Noël existe!

A.

Aux Féroées ou au Japon…

novembre 10, 2009

Je me souviens, il y a onze ans, avoir été impressionné par les toits luxuriants de vieilles maisons féringiennes. De véritables champs miniatures, en pente, faisaient office de faîte.

Il n’y a pas qu’aux îles Féroés, mais aussi aussi au Japon, que l’on peut admirer des demeures à toit de chaume. Pour être honnête cependant, leur nombre se réduit inexorablement. Leurs propriétaires sont souvent très âgés, habitent à la campagne et n’ont ni la force ni l’argent nécéssaire à l’entretien. Généralement, leur mort entraîne celle de leur batîsse.

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Pour rêver un peu, lisez « Le convoi de l’eau » (水の葬列) d’Akira Yoshimura, qui imagine un village du Japon d’après-guerrre coupé du reste du monde, arraché à sa solitude par la construction d’un barrage qui le condamne. Il décrit des masures aux immenses toits de chaume, très raides, et couverts de mousse géante.

Auraient-ils été inspirés par le romancier? Des ingénieurs japonais ont mis au point un revêtement pour toit en mousse végétale. Le principe: des panneaux vivants, assemblables, et auto-suffisants. L’intérêt, c’est l’extrême pouvoir isolant. Une propriété connue depuis belle lurette (et il faut rendre ici aux fermiers de Torshavn et Shirakawa-go!) mais l’innovation réside dans l’adaptation à un environnement urbain.

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D’après les ingénieurs japonais, la mousse végétale permet de grandes économies de chauffage (ou d’air conditionné). Les panneaux prolongent aussi la durée de vie des bâtiments, en réduisant les écarts de température et surtout en absorbant l’humidité. Un panneau d’un mètre carré, pesant 5 kilos lorsque la mousse est sèche, gonfle jusqu’à 43kilos une fois gorgé d’eau! A l’inverse, la mousse survit plusieurs mois sans une goutte d’eau.

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Mieux encore, il semblerait que la mousse intercepte les rayons ultraviolets et qu’elle atténue l’effet de serre (mais je n’ai pas de proportions chiffrée).

Le plus captivant, pour moi, reste le fait de se servir d’un matériau vivant, et de lui léguer une certaine responsabilité. En extrapolant, c’est en quelque sorte une première étape vers plus de confiance envers la nature, un retour timide vers une relation plus fusionnelle et harmonieuse. Mais je vois peut-être un peu trop loin? Pour l’instant, c’est en tout cas une curiosité technologique!

A.

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Histoire de sous

octobre 22, 2009

Le nouveau gouvernement est engagé depuis un mois dans un bras de fer avec ce qu’il nomme « les bureaucrates ». Derrière l’énorme appareil administratif se cachent souvent les intérêts de grandes companies, qui ont elles-mêmes de forts liens avec le LDP, parti de droite qui a gouverné depuis la fin de l’occupation américaine. La défaite du LDP n’empêche pas la bureaucratie japonaise de continuer dans la ligne de ces dernières décennies, prenant elle-même la plupart des décisions concernant le budget et la répartition de la manne. En fait, cela fait très longtemps que la pieuvre administrative est deconnecté du politique, qu’elle tourne toute seule, selon un mouvement qui date des trentes glorieuses et qui fait preuve d’une édifiante force d’inertie.

Le gouvernement Hatoyama a décidé rien de moins que de réviser lui-même l’entierté du budget extraodinaire prévu par son prédecesseur, en examinant point par point ses tenants et aboutissants. Pas question de laisser l’administration décider, l’utilisation de chaque centime doit être vérifiée par le cabinet lui-même. …Et 3 milliards de yen économisés!

Les ministres n’en dorment plus. L’un d’eux a du récemment décider si l’état devait continuer à financer les éditions spéciales de pièces de monnaies à l’éffigie de chaque préfecture… Et il a eu cinq minutes pour décider!

A mon avis, il l’a fait à pile ou face.

A.

typhon numéro 18

octobre 7, 2009

Il est 20h. et il s’est arrêté de pleuvoir. Ca s’appelle le calme avant la tempête. Le typhon numéro 18 nous arrive droit dessus. Il vient de toucher le cap Ashizuri à Shikoku (Sud) et s’apprête à labourer l’archipel dans la longueur…

Personne ne peut prédire l’étendue des dégats, mais une chose est sûre, les gens se préparent au pire. Calmement, sûrement, et dans les moindres détails. Quelques exemples en vrac:

La télévision resasse les mises en garde et la moitié des programmes sont coupés pour laisser place à des bulletins minutieux. Jusqu’au générique des information est modifié, ce soir il affiche exceptionnellement une mise en garde sur fond d’images(live) de côtes fouettées par la tempête.

Les bulletins météo donnent la quantité de pluie attendue(jusqu’à 50 centimètres), la direction des vent -qui atteignent jusqu’à 250 km/h – heure par heure pour cette nuit et demain, la hauteur des vagues par district côtier, des images satellites commentées pendant plusieurs minutes, avec des ralentis pour examiner la carte de pluviométrie à l’heure du départ au turbin! Ils donnent aussi des recommendations point par point, avec symboles, et sous-titres.

Parmi les recommendations, il y a le fait de renforcer les fenêtres des maisons, ou encore remplir les baignoires d’eau en prévision de coupure.

Dans les trains et métros, on prévient de probables retards demain matins. Les compagnies organisent la journée an comptant sur de nombreuses absences. Quant aux écoles primaires, elles seront fermées. Pas mal d’écoles secondaires risquent de l’être aussi.

Près des côtes, certains, surtout des personnes âgées sur lacôte, ont déjà évacué leur maison. J’avoue qu’avec les vagues de 9 mètres qui sont attendues, j’aurais les choquottes moi aussi. Dans la campagne, les arbres fruitiers sont haubannées après une dernière récolte.

La police patrouille dans certains quartiers en diffusant des consignes par haut-parleur. Des camionnettes viennent installer des barricades de sac de sable contre les devantures des échoppes et à l’entrée de certains immeubles.

Et pourtant, malgré cet état de siège, je ne sens absolument aucune panique dans l’air. Un jour comme les autres, à tout autre pareil.Les gens ont l’air de ne pas trop se faire de bile. …Sauf peut-être ceux qui se souviennent des 5’000 morts du typhon d’Ise-wan, en 59!

A.