Posts Tagged ‘rapatriement’

Le non-voyage

mars 19, 2011

Le rapatriement a été pour moi une dé-ritualisation du voyage.

Dans le voyage, il y a une préparation mentale, une attente, une conscience du départ, les rituels de l’adieu et des retrouvailles.

Cette fois-ci il n’en était rien. Départ imprévu, au-revoir à demi-mot, retour en suspens.

Quelques minutes avant l'escale à Helsinki

Même si le rapatriement a été exceptionnellement long (22 heures entre le rendez-vous à Haneda et l’arrivée à Roissy), je n’ai pas eu la sensation du déplacement, car ma tête est toujours là-bas.

L’espoir de retourner là-bas d’ici la fin du mois, voilà ce qui me permet de ne pas m’effondrer. Parcelle par parcelle ma vie s’est déplacée d’ici au Japon et les racines que j’ai faites là-bas sont devenues robustes. Bien malgré moi, je suis devenu un insulaire. De prolongation en prolongation, j’ai repoussé la borne de mon séjour, me donnant l’illusion que je n’étais que de passage. Mais je vais devoir reconnaître que désormais, je suis là-bas.

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Rapatriement sanitaire par l’ambassade française

mars 16, 2011

Rendez-vous avant 21h à l’aéroport de Haneda, pour un départ à 3h45 du matin. le ciel était parfaitement vierge d’avion. Des rumeurs circulent, l’aéroport de Narita serait fermé. Les rumeurs vont bon train.

L’avion est sans télé, sans film…comme à l’époque. Et même avant l’époque: Nous sommes montés sans carte d’embarquement. L’équipage est portugais, les repas par All Nippon Airways, les médecins français, escale à Helsinki…

L’ambiance est sereine, et les marmots braillent moins que je ‘aurais pensé. Ils sont sûrement trop fatigués. L’avion n’est rempli qu’au deux tiers, apparemment l’information n’a pas touché tout le monde, ou alors certains hésitent encore à partir. Pour ma part c’est ma famille qui a vu l’information et me l’a immédiatement communiquée. J’ai été accepté à cause de mon bras récemment blessé (voir billet « Voyage dans un hôpital japonais »).

La file des "rapatriables"

Les traumatisés du Japon auront eu un accueil privilégié. Ministère, samu, croix-rouge, police et chocolat chaud. Plus loin, la dernière étape, les journalistes. Une bonne douzaine de micro et plusieurs caméras tendus vers moi (en doudoune bleue), on m’a demandé mon sentiment, et j’ai répondu:

-Soulagé d’être ici, mais en partie seulement. La plupart d’entre nous laissons des proches là-bas. Je retrouve ma famille ici, mais je laisse ma copine et des amis chers, alors la tension continue.

-Pourquoi êtes-vous rentré?

-Parce que j’ai toute ma famille ici, et qu’elle s’inquiétait trop. Et puis j’ai fini par avoir peur moi-même, parce que c’est difficile de résister à la psychose.

Décollage

mars 15, 2011

Aéroport de Haneda. Trois heures du matin.
La diplomatie française a gracieusement offert à ses citoyens d’être rappatrié par l’avion qui a amené les secours au victimes du tsunami. Je suis à bord.

Pour la plupart des familles avec enfants en bas âge, ou des femmes enceintes. Le soulagement du départ est balancé par l’angoisse de laisser des proches, puisque la plupart sont des couples franco-japonais.

Mais avant tout c’est le choc d’avoir réalisé que l’horreur peut faire partie de nos vies.