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Le Japonistan

février 16, 2010

Bienvenue, bienvenue au Japonistan!

Je ne serais pas étonné d’être accueilli ainsi dans un avenir proche. Rassurez-vous, rien à voir avec les peurs brandies par certains de nos politiciens alpins, Christoph et compagnie. Je ne veux pas parler de religion, mais de moeurs. C’est que je sens la société japonaise devienne de plus en plus conservatrice, et sur certains points, en particulier le mariage et la place de la femme, carrément proche des pays d’Asie Centrale. La crise ne fait qu’accélerer le processus de régression qui doit trouver ses racines dans le courant des années 90.

Je me suis fait larguer par sms par ma copine hier soir. Moche. Surtout par sms. J’ai eu quelques copines depuis mon arrivée, une de perdue, dix de rencontrées, et ça repart, oui mais elle j’y tenais. Je ne veux plus me lamenter. Ca me déprimait ces derniers jours, car je sentais notre relation se déliter (dans les deux sens du terme!), je sentais le coup venir, mais je suis désormais fixé et je n’ai pas de regrets. Enfin j’essaye.

De toute façon, l’agenda d’une hôtesse de l’air se concilie difficilement avec celui d’un étudiant en vacances, même lorsqu’ils habitent à cinq mètres (!) l’un de l’autre. Mais le coeur du problème, en réalité, c’est qu’elle a compris que je n’envisage pas de mariage.

Foin d’attirance mutuelle, de sentiments, d’histoire commune ou d’amour, tout passe à trappe si les noces ne sont pas en ligne de mire! Dans la balance, rien ne vaut autant que le mariage, et à l’inverse, la relation peut suivre un cours insouciant tant que la perspective d’être casée reste vive. C’est complètement paradoxal, je sais.

Le parcours d’une japonaise, dans le modèle classique, est le même que celui de ses compatriotes masculins jusqu’à la fin de l’université. C’est dans la période cruciale de la chasse à l’emploi 就職活動 (en troisième année d’uni) que les chemins bifurquent. Dans une compagnie, la différenciation entre les types d’emplois commence par la distinction entre ippanshoku 一般職 et sôgôshoku 総合職, seuls les seconds permettant une promotion alors que les premiers sont essentiellement des jobs de secrétaire (O.L., pour office lady), fermés à toute carrière. Nul besoin, puisque pour au moins 4 japonaises sur 5, se marier va de pair avec s’arrêter de travailler.

La limite psychologique des trente ans constitue, ici aussi, la date de péremption avant laquelle il faut fonder une famille. Sachant qu’on finit généralement l’université entre 21 et 23 ans (suivant si l’on a réussi le concours d’entrée du premier coup ou pas), cela laisse aux jeunes femmes une petite dizaine d’années maximum pour se caser. Pendant les années 80 et 90, les exceptions à se modèle sont devenues de plus en plus nombreuses, les femmes étant de plus en plus nombreuses à faire carrière et à gagner en indépendance. Il semble que l’on assiste maintenant à un retour de manivelle.

L’ambition type d’une universitaire tokyoïte de 20 ans, désormais, est de trouver un poste d’O.L. au siège d’une compagnie, à Otemachi par exemple, pour côtoyer l’élite des salaryman, en espérant y débusquer un futur mari mignon et très riche. Une prof d’uni m’a raconté que ses élèves filles font pression sur leur copains pour qu’ils visent des postes les plus confortables financièrement, les menaçant parfois de rupture. De fait, ce sont les jeunes femmes qui poussent à un renforcement, si ce n’est un retour, au modèle classique. Dans un sondage sur quelle phrase les japonaise voudrait entendre comme demande en mariage, la première position était occupée par « Laisse-moi te protéger à jamais! ».Si c’est pas macho.

Si la crise y est sûrement pour quelque chose, les médias aussi ont leur part de responsabilité. Les magazines pour jeunettes étalent sur leurs pages les vies romancées des stars et des idoles actuelles. Le prince charmant qui leur donnera une belle voiture et des fringues de luxe est un rêve qui est riveté à l’esprit des adolescentes par les magazines en papier glacé.

Plutôt qu’un conservatisme rigoureux, c’est la paresse qui est la vraie source de ce décalage par rapport à tant d’autres points similaires à l’Europe. Une paresse dont beaucoup d’hommes s’accomodent bien.

A.

Yamba ストップ!

septembre 22, 2009

Le nouveau gouvernement japonais, dont le cabinet ministériel a été formé il y a une semaine à peine, ne perd pas son temps! C’est qu’il a peu de temps pour faire ses preuves: Les prochaines éléctions sénatoriales auront lieu dans un an. Si les Japonais n’avaient pas l’air de nourrir d’immenses attentes le lendemain de l’élection, j’ai l’impression que l’intérêt pour le gouvernement Hatoyama, et par extension, pour la politique en générale, croît petit à petit. Très prudents dans leur déclarations, les ministres frais émoulus n’en oublient pas moins les promesses éléctorales. L’une d’elles concernent les grands projets d’infrastructure, et notamment un coûteux méga-barrage, dont la construction est désormais gelée.

En juin 2007, en route pour la fameuse station thermale de Kusatsu avec ma copine, nous traversions une vallée luxuriante, quand soudain! Jaillissant de la forêt, se dressaient trois piliers de bétons titanesques, au sommet desquels s’affairaient des grues. En aval la montagne avait été rabotée et comblait la rivière, devenue un maigre filet. Stupéfaction! Violent sentiment d’ubris, d’un acte profondément contraire à l’ordre naturel des choses.

Plus loin, une pancarte annoncait fièrement: Ici, bientôt le lac de retenue du barrage de Yamba » aggrémentée de personnages style dessin animé, tout souriant. De la part d’un pays comme le Japon, si souvent cité en exemple de relation symbiotique avec la nature, je n’en croyais pas mes yeux! La vérité, c’est que le Japon regorge de ce genre d’infrastructures destructrices, inopportunes et coûteuses. Plus aberrant encore, celles-ci sont particulièrement nombreuses dans les campagnes.

Pourquoi tant de barrages inutiles, d’autoroutes au milieu de forêts inhabitées, de pans entiers de montagnes minutieusement bétonnées, de kilomètres de côte noyés sous les tripodes? Parce que les préfectures sont toutes de mèche avec les entreprises de constructions (c’est-à-dire que les mêmes personnes sont souvent aux commandes des deux) et qu’elles recoivent de l’état des mannes qu’il leur faut justifier. Un système qui a la vie dure, mais que le gouvernement Hatoyama semble décidé à ébranler.

L’annulation en cours du barrage de Yamba, premier signe de cette volonté, m’as surpris autant que soulagé.

AG