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Le baseball fait tomber les têtes des sumotori

juillet 5, 2010

Bonjour!

Me revoilà, après un inhabituel silence. C’est que je ne me sentais pas le coeur d’écrire après ce combat au kokugikan qui allait si bien comme dernier billet de ce blog. Et puis nous sommes entré dans la saison la plus désagréable du climat japonais, la seule vraiment désagréable en fait, j’ai nommé le Tsuyu. Le Tsuyu c’est la mousson japonaise, qui arrive souvent d’un coup. Pas d’un coup sec, mais plutôt saturé d’humidité. En général, vers la deuxième semaine de juin à Tokyo, l’air s’alourdit outrageusement et les degrés s’accumulent, puis la pluie commence, tandis que la température continue de grimper. Des nuages gris et gorgés de flotte prennent leurs quartiers au-dessus de l’archipel, et en principe, les jours où l’on voit le soleil se comptent sur les doigts d’une seule main jusqu’à début août!

Dès lors, l’entraînement devient de plus en plus pénible. Sur la terre cent mille fois piétinée du dôjô, ce ne sont plus des taches mais des flaques de sueur qui se forment à l’endroit où nous effectuons les séries de shiko. Après une semaine de vacances et une semaine , disons, d’adaptation à la mousson, j’ai recommencé à m’entraîner la semaine dernière. Le 25 de ce mois, je participe à un tournoi au sanctuaire Yasukuni et cette fois-ci il y a des catégories de poids. Ce sera mon deuxième tournoi, mais aussi le dernier. Les tournois universitaires sont réservés aux étudiants de bachelor, au-delà on devient OB (de « Old Boy »), c’est-à-dire gradué, et si l’on vient aux entraînements, c’est éventuellement en tant que coach. Or j’achève mon bachelor ce mois. A moins de devenir professionnel, ma « carrière » se termine dans un mois. Mais on se jamais ce qui peut arriver!

Par hasard, cette compétition coïncidera avec le dernier jour du tournoi de Nagoya, l’un des six tournois pros de l’année. Et il a bien faillit être annulé!! La raison: un scandale de paris illégaux sur… des matchs de baseball. Certains des plus hauts gradés, en particulier l’Ozeki Kotomitsuki, ont misés des sommes assez exorbitantes dans des paris organisés par des Yakuzas. Tuer le temps entre les séances d’entraînement, c’est très compréhensibles, et parier, pourquoi pas, mais franchement, s’abaisser au rang du baseball! Un sport qui n’est surpassé en ennui que par le cricket, et en ridicule que par le curling. Et qui prend une place folle, en plus, regardez-moi cette immense pelouse, il n’y a que le golf et la formule 1 qui sont plus anti-écologiques! Ah mais j’oubliais, ce ne sont pas des sports.

Bon, j’arrête le cynisme, reprenons. L’affaire a débuté comme toujours par des « révélations » d’un des nombreux tabloïds japonais. Ceux-ci pullulent. Des canards trop rêches pour s’essuyer les mains ou autre chose, mais encore plus désagréables à lire. La recette traditionnelle, style The Sun, c’est-à-dire Sport, showbiz et une dose de poujadisme dépassant le nombre tolérable de Becquerels. A noter qu’ ils sont moins pudibonds que leur équivalent britannique, et déploient en pleines pages des photos de gorges opulentes qui ont tombé le maillot de bain. Cela ne suffit pourtant pas à les (r)acheter, puisqu’ils sont vraiment dangereux lorsqu’ils attaquent le sumo, une de leurs cibles préférées.

Asashoryu devenu Yokozuna, ils n’ont pas cessé, pendant cinq ans, de colporter les rumeurs les plus infâmes sur sa personne, gonflant souvent des broutilles pour en faire des patacès se terminant en excuses publiques de la fédération de sumo. Réclamant sans cesse son départ, les tabloïds ont cependant du être légèrement surpris lorsque cette année il a annoncé son intai à la suite d’une énième affaire, dont il est pourtant innocent.

Dès lors qu’ils avaient perdu leur passe-temps favori, cracher sur Asashoryu, ils se mirent à cracher sur le monde du sumo entier. Celui-ci de manque pas de zones d’ombres, c’est sûr, et les tabloïds attaquèrent les liens entre le sumo et les yakuzas. Il y a un mois, le chef d’une écurie assez importante a du démissionner pour avoir laisser vendre des places de choix, celles jouxtant immédiatement le ring, à deux yakuzas qui souhaitaient que leur parrain en prison les voit à la télé, une manière de dire « L’entreprise est entre de bonnes mains, chef! ». L’écurie s’étant retrouvé sans oyakata(doyen, maître), les lutteurs se retrouvèrent à la porte!

Cette fois-ci, c’est une affaire de paris illégaux liés à la mafia. Rien d’étonnant en fait. Les rikishi ont du temps à tuer et ne peuvent pas en passer beaucoup hors de leur dortoir, ils sont un peu par la force des choses des parieurs invétérés. Quand aux liens entre sumo et yakuzas, ça a toujours existé et ne s’arrêtera pas de sitôt. Les yakuzas ont souvent des relais dans les écuries, et entretiennent une relation de protecteur. Pour autant, les sumotori ne sont pas des criminels. Ils ont simplement une « maison » mafieuse qui leur est affiliée.

D’après mes infos (la presse est opaque à ce sujet), ce qui a du se passer cette fois-ci, c’est que Kotomitsuki a parié, qui plus est des sommes énormes (voire même dont il n’était pas en possession) auprès d’un groupe mafieux qui n’était pas le sien. Les problèmes ont commencés lorsque le groupe yakuza en question a réclamé de l’argent à Kotomitsuki en le harcelant de menaces et de chantage (qui semble avoir porté sur sa famille, notamment sa fille d’un an).

La police a vite pris le relais des journalistes, et a mesure que l’affaire se dévoilait, c’est tout un pan du sumo professionnel, jusqu’aux plus haut gradés, jusque même le Yokozuna Hakuho qui a parié sur des jeux de cartes, et pis encore jusqu’aux riji, les pontes de la fédération de sumo. …Evidemment, puisqu’ils parient tous. Une trentaine de sumotori ont avoué avoir parié, et après qu’une commission spéciale a palabré dix jours durant, elle a finalement annoncé les sanctions hier. 18 lutteurs ne pourront pas participer au tournoi et devront rester cloîtrés dans leur dortoir. Kotomitsuki est viré, ainsi que le maître/chef d’écurie Ôtake Oyakata. Celui-ci est par ailleurs le gendre de Taihô, un lutteur de l’ère Showa qui détient le record du nombre de tournoi gagné. Suite à l’affaire des paris, il s’est carrément vu imposer le divorce, pour ne pas souiller l’honneur du clan Taihô. C’est ce qui s’appelle se faire jarter du monde du sumo!

Bon, je vous laisse à vos paris sur qui gagnera le mondial!

A bientôt,

A.

Drôle de gaijin

juin 7, 2010

dégageant la ligne de marquage avec le pied

Salut à vous tous!

J’écris, c’est donc que j’ai encore l’usage de mes mains! Ca c’est drôlement chouette alors!

Bon j’avoue avoir mon poignet gauche qui me lance, mais c’est vraiment un moindre mal. J’aurais même pu y aller plus violemment, car étonnamment j’ai senti chez mon adversaire des failles que j’aurais pu exploiter plus à fond. La leçon que je tire de mon combat, c’est qu’aucun n’est perdu d’avance. Rester humble est capital, mais il ne faut jamais se sous-estimer. La prochaine fois, c’est 必勝!(la victoire à coup sûr)

Vu les 40 kilos d’avance que mon adversaire avait sur moi, j’ai fait le calcul suivant: Il allait se méfier de mon poids léger et s’attendre à ce que j’exploite l’inertie de son élan en faisant par exemple un henka(lors de la poussée initiale, se décaler sur le côté et pousser l’autre par la nuque. Considéré comme du sumo indigne, mais parfois il n’y a que ça). Il allait donc être prudent au tachiai(la poussée initiale) et contenir son élan. Dès lors, j’avais prévu de faire le contraire, et de mettre toute ma force dans le choc frontale. Et comme mon cou peine encore à encaisser 110 kilos à toute bombe, et que j’ai des bras plus longs que les siens, j’ai parié sur un morozashitsuki, i.e. casser son élan en l’arrêtant par les épaules et le repousser, puis un tsuppariai, c’est-à-dire un enchaînement de torgnoles au niveau de la poitrine(et parfois du visage).

Le problème, c’était de repousser 100 et quelques kilos, et de ne pas rater les épaules, car un peu trop bas et on se casse facilement les poignets, un peu trop haut et si les mains glissent on se reçoit le crâne de l’autre en plein thorax, voire pire, dans le menton. C’était un bon calcul, et si j’ai perdu ce n’est probablement faute à ma stratégie, mais à ce que je n’ai pas été assez rapide à l’enchaîner.

J’ai combattu six heures après la cérémonie d’ouverture, que j’ai meublé en faisant des shiko, surihashi et teppô, bref des exercices, dans la poussière de la salle d’échauffement remplie de molosses trois fois plus lourds que moi, et en encourageant, toujours en mawashi, mes confrères de Keio lorsque c’était leur tour de lutter.

Juste avant de monter enfin sur le ring, je me sentais étonnamment bien. Mon angoisse de la veille et de la matinée avait fait place à une chaude émotion tandis qu’arrivait le moment de fouler le dôhyô le plus sacré, la Mecque du sumo. J’ai gonflé mes plumes, accompli le rite de salut posément, et me suis mis en position en regardant mon adversaire droit dans les yeux.

Hakke YOI!

J’ai bien suivi le conseil de mon compatriote: « Casse-lui les épaules, agis comme si tu allais le démonter. » Mon tachiai était parfait. Je l’ai surpris et je l’ai fait reculer. J’ai du être surpris moi aussi, si bien que j’ai tardé à lui envoyer des raclées. Timing fatal, et en une seconde j’étais dehors.

Mais plutôt que de regrets, mon sentiment en saluant le ring était une envie irrépressible d’y remonter et de me battre encore. Même défait, on prend goût au kokugikan.

Le soir venu, tous éreintés et la tête encore en ébullition, il a fallu suivre l’entraîneur et la quinzaine d’OB (old boy=anciens étudiants du cercle, qui le soutiennent financièrement), moyenne d’âge septante ans, au resto chinois les écouter commenter nos combats, et que nous fassions bonne figure malgré l’atmosphère un rien contrite au début. Mais chacun sait que les OB sont des poivrots insignes, et la bière et l’alcool de riz chinois, faute de nous épargner notre rôle d’obligés et les politesses qui vont avec, rendit ces formalités un peu plus digestes, peu à peu ouatées dans un léger flou éthylique.

Les choses avaient recouvré leur netteté ce matin , mais j’étais un peu plus gauche que d’habitude. J’ai bu un café, chose très rare pour moi suis abonné au lait de soja(et je précise, rien à voir avec celui qu’on trouve en Suisse, ici il est cent fois meilleur), heureusement les deux se marient bien. Oui, un café parce qu’aujourd’hui je me faisais tirer le portrait pour une maque de vêtements. C’est nouveau, c’est mon job désormais: On pourrait dire « mannequin » mais je trouve ça un peu ronflant. J’ai fait un shooting avant-hier aussi (pour Le Coq Sportif, très populaire en Asie), bref depuis la semaine dernière j’enchaîne en quelque sorte les prises de vues et les entraînements de sumo.

Sûr que le passage de l’un à l’autre est toujours très contrasté. Hier, un monde macho de sueur, de sable, de sel, de gosses de 20 ans 195cm 150 kilos, de veines qui claquent sur des épaules massives, de corps difformes, du choc des chairs tendues qui claquent et couvre un instant les cris rauques des frères de lutte. Aujourd’hui, celui feutré et aveuglant d’un studio d’un quartier résidentiel huppé, dix préparateurs pour régler le matériel et quatre pour ajuster mes habits, un chef qui donne des ordres contradictoires aux subordonnés, du matériel photo comme je n’en ai vu qu’en rêve, et la blancheur aseptisée de la pièce qu’il faut soi-même vivifier en faisant des grimaces qui leur plaisent.

Je suis le premier surpris de la tournure que prend ce séjour dans l’archipel, et je ne m’en plaint pas! J’avoue être plutôt fier de mener de front ces deux activités aussi marrantes que différentes.Bien sûr, ça se paie en effort et en temps, je trouve encore le temps de siroter une Ebisu sur mon balcon!

D’autres photos du combat dès que je mets la main dessus!

A.

Les pieds sur le sable sacré

juin 5, 2010

Demain c’est le grand jour. Le jour du tournoi national des étudiants lutteurs de sumo. Une quinzaine d’université dont les principales de la capitale envoient leurs meilleurs éléments se mettre sur la gueule dans les règles de l’art. Et Keio (mon uni) y participe bien entendu.

Il y a trois semaines, l’un des membres de notre club a participé au tournoi des première année d’université (Tokyo uniquement), et nous sommes tous allé l’encourager. 110 kilos et une très bonne technique -il faut dire qu’il fait du sumo depuis qu’il a dix ans, c’est le plus fort de notre groupe. Et pourtant, parti trop bas lors du tachiai(la charge initiale), il s’est fait éliminer dès le premier tour. Mais il faut voir les monstres qu’il y avait là-bas! 1m90, 150 kilos, les oreilles déjà en lambeaux, des gosses mûrs pour une carrière professionnelle. Ca faisait froid dans le dos. Le type qui a gagné était une boule de muscle à faire pâlir Chiyonofuji!

Au tournoi de demain, ils seront présent, mais, m’a assuré notre capitaine, il y en aura de beaucoup, mais alors beaucoup plus forts! Et il a ajouté, ne t’en fais pas, ça va bien se passer!

Oui car cette fois-ci je ne vais pas faire le supporter(ou la pom-pom girl), mais me battre pour de vrai. Je l’ai su il y a deux semaines, et j’ai alors compris, un peu tard, a quoi servait la feuille d’inscription que j’avais remplie. Après un mois de sumo, c’est un peu abrupt, mais je n’ai pas le droit de contester. Et puis, ça va se dérouler dans un endroit que j’apprécie forcément: Le Kokugikan, à Ryogoku.

En un mot: la cour des grands, LE dôhyô sur lequel se battent les demi-dieux du sumo professionnel. Je ne sais pas à quoi le comparer, il n’y a pas d’équivalents dans les autres sports. C’est le ring le plus sacré de la Terre.

Le Kokugikan, Ryogoku, Tokyo

Je le sais d’avance, c’est un événement unique dans ma vie. A moins bien sûr que je devienne professionnel, mais c’est un peu tard!Et je sais aussi que je ne livrerai probablement qu’un seul combat, car mon adversaire n’est autre que Ôzaki, qui a finit deuxième au tournoi de l’année dernière! « Il aura vraiment eu pas de chance jusqu’au bout » a réagi notre entraîneur. D’un côté, voyez-vous, ça évite que je me fasse une mauvaise blessure, car avec ses 110 kilos, Ôzaki va probablement me projeter en dehors du dôhyô sans avoir recours à une prise dangereuse. Reste une question: Combien de temps vais-je tenir? Cinq secondes c’est déjà très long pour du sumo…

Il va sans dire que je vise la victoire, ne serait-ce que par principe (Et c’est très japonais, voyez les objectifs qu’ils se fixent pour le mondial de foot, et comparez avec les résultats), bien que je reste lucide. Au cas où, si je me retrouve, par exemple, avec les deux bras hors d’usage, eh bien je lègue mes Metasequoia à… euh… Oh et puis non, je jardinerai avec les dents!

A.

Mais où m’arrêterai-je?

avril 24, 2010

Tel est la question! En tout cas, après un mois passé à venir faire coucou au cercle de sumo de Keio (mon uni), j’ai rejoins officiellement la division aujourd’hui. Et j’ai recu un mon propre mawashi (la ceinture, bref le « string » des sumotori).

Sur la manchette: "Keio"

C’est non seulement une fierté mais aussi un petit luxe. Et pas des plus désagréables, car jusqu’à présent on me prêtait le mawashi d’autres lutteurs. Or, cette épaisse bande de coton (soie pour les professionels) de 5,5 mètres de long (tiens, la même longueur que mon turban en Afghanistan!) ne doit surtout pas être lavé. Or le sumo ca fait suer, et la sable ça salit! C’est le caractère semi-chamanique du sumo qui donne lieu à ces interdits bizarres, autant qu’à ces gestes codifiés à l’extrême – Pensez que dans un combat pro, le rituel dure plusieurs minutes alors que les combats ne prennent souvent que quelques secondes!

Gestuelle rituelle

Le sumo est un sport de groupe. Les professionels, une fois enrôlés dans une écurie vivent en communautés hiérarchisées sous la direction d’un maître qui est souvent un ancien Yokozuna ou Ozeki, où les plus jeunes font la cuisine (beaucoup beaucoup!), le ménage et toutes les tâches ingrates. On se lève avant le jour et on s’entraîne des heures tous les jours sur la terre pressée d’un dôhyô beaucoup plus fruste que celui du « stade » national. Les plus forts, s’ils ont percés dans le top 50 national, touchent des salaires de star, alors que la plupart des lutteurs ne reçoivent pas un kopek. Mais au sein de l’écurie, même la plus inexpérimentée des recrues peut s’entraîner avec, voire se mesurer aux lutteurs qui ont atteints le rang de demi-dieu. C’est que parmi les sumotori, il n’y pas de limite rigide entre amateur et professionnel. Ainsi notre entraîneur, qui n’a jamais rejoint d’écurie [professionelle], a pourtant combattu avec les plus grands noms… de son temps.

Evidemment, a Keio, les études sont prioritaires. On ne s’entraîne donc que quatre fois par semaine, à raison de 3 heures, 3 heures et demi. On m’a dit de commencer par venir deux jours par semaine, exception spécial gaijin!

Mattanash!(luttez!)

Mattanash!(luttez!)

Après une courbette devant l’autel, on commence les échauffements. Assez vite, on en arrive au shiko, l’exercice de base du sumo. Lever une jambe de côté jusqu’au dessus du niveau des hanches en la gardant droite, puis revenir à la position initiale (jambe à l’équerre, sur un même axe, et tronc droit) en frappant sa cuisse. On en fait une centaine, puis on passe au teppo. ca c’est du sérieux. Jambe légerement plié et écartées de 50cm, le corps penché en avant en mettant son poids sur les bras, les paumes appuyées sur une grume pâtinée de cryptomeria.Cela consiste à frapper le poteau avec une main, en gardant l’autre appuyée, et en raclant le sol avec le pied du même côté simultanément. Une centaine de fois aussi. Puis, le surihashi. Position de base, mais les bras ramené devant, avec un sac de sable dessus, traverser le ring en marchant en crabe, sans lever les pieds.

Le shiko

Et puis seulement on commence les combats, après une bonne heure et demie d’exercice. Si possible, entre lutteurs du même niveau. Seulement voilà nous sommes moins d’une dizaine, avec des niveaux assez différents(il va sans dire qu’étant novice, je suis en bas de l’échelle).En revanche, la plupart ont un excellent niveau. Le jeunot de la photo est médaille de bronze du championnat junior national, et l’autre, le capitaine, est encore plus fort (mais plus junior). Le jeudi, un ex-top 30 vient nous coacher.

Ado-kun (Adrien), Takasu shushô(capitaine), Yamamoto-kun

J’ai aussi eu ma première blessure, assurément pas la dernière. Il faut dire qu’au sumo, on peut non seulement pousser, empoigner ou crocher (comme au judo) mais aussi foutre des baffes, frapper le visage avec la base de la main, ou encore donner un coup de boule (front contre front), ce qui met souvent K.O. Il faut dire que si une droite de Mike Tyson correspond à 350 kilos, la charge initiale de Konishiki égale une tonne! Mais comme le sumo est aussi basé sur la souplesse, la plupart des blessures sont très superficielles, éraflures, estafilades, bosses.

On sue, on se démène, on crêve d’effort, certes. Mais on oublie les souffrances dès la sortie de la salle, lorsque l’entraîneur ou un des coach invite toute l’équipe pour un festin parfois très arrosé. Au sumo, on ne fait pas les choses à moitié. Mais plutôt au centuple!

A.

A bientôt!

Petite pause

mars 31, 2010

Bonjour!

Je me vois obligé de vous faire patienter une petite dizaine de jours avant le prochain billet. Je recois en l’honneur des sakura (et un peu aussi de mon anniversaire) de la visite que la piété filiale, un des piliers du confucianisme dont le japon est encore tant emprunt, me pousse à prendre le plus grand soin. Ajoutez à cela que je me suis offert une tandinite à chaque bras en faisant du sumo avec le capitaine de l’équipe universitaire (que j’ai rejointe officiellement il y a deux semaines). Moralité: on ne devrait jamais faire du sumo bourré dans les étroits couloirs d’un karaoké à 4 heures du matin avec un catégorie 100 kilos+! Vous comprenez maintenant pourquoi je me vois aculé à ne pas écrire pendant quelques jours… je vous donnerai des nouvelles des sakura!
A.

La retraite d’un dieu

février 12, 2010

Je suis encore sous le choc. Asashoryu est parti.Le sumo est orphelin, et pour longtemps.

Le tournoi de janvier, sur lequel j’ai écrit deux billets, c’est lui qui l’a remporté, montrant qu’il restait le maître. Au passage, il plantait Baruto d’un puissant uwatenage, volatilisant les chances de l’estonien de grader au rang d’Ôzeki ce tournoi.

C’était le 25ème Yushô (victoire dans l’un des 6 tournois annuels majeurs) du taureau mongol, qui s’approchait encore un peu plus du record historique de 32 victoire du sumotori Taihô. Et puis, une semaine après la victoire, un nouveau scandale a éclaté. Le turbulent yokozuna, pris d’alcool après avoir fêté le soir de son sacre, aurait cassé le nez d’une connaissance.

Le rang de Yokozuna est considéré comme une fonction divine, et ceux qui y accèdent portent une responsabilité particulière vis-à-vis de la préservation de la dignité (hinkaku) du rang. Autant un yokozuna est révéré pour sa puissance et son esprit combatif sur le dohyo(ring), autant il se doit de garder son sang-froid en toute circonstance et d’être un exemple entre tous.C’est la deuxième face qui pêche chez Asashoryu. C’est un loup bleu qui aime le goût enivrant des victoires, fier de voir ses adversaires écroulés à ses pieds, le visage plein de sable. Il était un champion total.

Mais contrairement à l’image d’étranger haineux foulant les traditions japonaises que les tabloïds ont rabachés, Asashoryu (qui parle japonais aussi bien que mongol), est véritablement amoureux du sumo. Lui ne deviendra jamais catcheur ou lutteur de K-1, comme d’autres ex-Yokozuna, car le sumo était pour lui une finalité en soi, un accomplissement. En fait, je crois que toutes les frasques d’Asashoryu étaient une manière de ne pas se prendre trop au sérieux.

En réalité, Asashoryu a un coeur d’or, un coeur à la mesure de son talent. Ceux qui l’ont vraiment côtoyé le disent attentifs aux gens, bienveillants, et précisément ni hautain ni imbu de lui-même, conscient de ses faiblesses. Il est en quelque sorte, le plus humain des dieux du sumo!

Harcelé par les medias une fois de plus, il s’est retiré en plein courbe ascendante, d’une manière presque aussi subite que Momoe-chan.
Ironie du sort, il a annoncé son intai (retraite) presque en même temps qu’Ozawa Ichirô était relaxé faute de preuve (dans le scandale de magouille financière pourtant grosse une maison). Exactement le contraire de ce qu’on attendait, le roi du sumo ayant annoncé auparavant avoir conclu un arrangement avec sa victime alors que la chute de l’homme politique le plus puissant du Japon semblait n’être qu’une question de jours. Sûrement une question de soutien. Asashoryu était bien seul, Ozawa possède un réseau tentaculaire.

Ichiro Ozawa

Ichiro Ozawa

Désormais, avec un, peut-être deux Ôzeki en moins et un Yokozuna en moins, il y a de place pour les prétendants aux deux rangs ultimes. Et pourtant, ç’est peu pour une raison de se réjouir. Car la qualité générale de sumo des rikishi professionnels, sans Asashoryu, va baisser. D’abord, ç’était le seul sumotori a utiliser autant de kimarite(clés) différentes, quarante-deux! Ensuite, Asashoryu tirait les autres rikishi vers le haut, puisque pour grader dans les rangs du haut du tableau il fallait battre le yokozuna. Pire encore, en perdant sa « gueule », le monde du sumo risque de sombrer encore un peu plus dans l’oubli.

N’ayant pas la nationalité japonaise, Asashoryu ne deviendra pas Oyakata (maître d’une écurie). En octobre, on lui coupera son mage(son chignon), et il redeviendra Dolgorsürengiin Dagvadorj.Et rentrera en Mongolie.Il dit vouloir se reposer. Mais il a des projets, bien entendu, même s’il ne pipe mot. Allez, je vous livre une information inédite! Il ambitionne d’être premier ministre de Mongolie d’ici une dizaine d’année. Et je ne doute pas une seconde qu’il y parviendra. Longue vie au dragon bleu du matin, et que nous éclaire ton sillage divin!

Avec Asashoryu en juillet 2007. Faites pas attention à la coupe de cheveux, j’en étais à mon 25ème mois de voyage et ça se voyait!
automne dernier. C'est juste pour vous montrer que depuis, j'ai trouvé un coiffeur.

2009. Vous êtes rassurés? Je me suis réconcilié avec les coiffeurs depuis mon retour fin 2007.

Yokozuna inébranlables

janvier 20, 2010

Le terme du tournoi de janvier approche et l’étau se resserre sur les sumotori. Samedi, ils étaient 9 lutteurs à n’avoir essuyé qu’une seul défaite (et aucun sans défaite), laissant toutes les issues possibles pour la suite. Dimanche, le lot était déjà bien dégrossi, avec plus que cinq lutteurs en tête, dont quatre dans le San’yaku (i.e.les 4 grades les plus élevés, qui est l’objet de toute l’attention): Le Sekiwake (3e grade le plus haut) Baruto, l’Ozeki (2e grade) bulgare Kotooshu, et tout en haut les deux Yokozuna mongols Asashoryu et Hakuho.

Lundi, l’estonien et le bulgare se sont affronté pour un combat de géants blancs (Ils font tous les deux environ deux mètres pour 150 kilos).

Le bulgare est Ozeki depuis 2006, après une montée assez fulgurante. C’est le sumo qui est venu à lui plutôt que le contraire: champion européen de lutte gréco-romaine alors qu’il était à peine ado, il était prévoyait de participer au jeux olympiques de 2000, mais en fut empêché car il avait déjà dépassé le poids maximal de 120 kilos, et se tourna alors vers le sumo. Bien qu’il soit devenu le premier européen, en 2008, à gagner la coupe de l’empereur (i.e.la coupe de l’un des six tournois majeurs de l’année), il n’a toujours pas percé jusqu’au rang de Yokozuna. Baruto, lui est encore en phase ascendante, et après avoir battu le Yokozuna Hakuho et l’Ozeki Harumafuji, abordait le combat en meilleur forme que jamais.

L’un d’eux devait inévitablement se démarquer, et laisser son adversaire derrière lui.Ce fut l’Estonien, qui continuait sa progression. En battant Kotooshu, il ajoutait un ozeki à son tableau de chasse et se rapprochait encore un peu de ce rang.

Aussi, hier lorsque je suis allé voir le tournoi in situ, la foule était en liesse alors qu’il s’apprêtait à lutter.Bien que son adversaire fusse japonais, le public semblait bien soutenir et crier le nom de l’estonien. Si tout le monde regrette que les lutteurs japonais soit en déclin, on veut bien fermer les yeux pour un peu de sang neuf, même étranger. Mais surprise, Baruto fut assez vite sorti par son adversaire, laissant les Yokozuna seuls maîtres du tournoi. Aujourd’hui, il affrontait justement Asashoryu, une chance de se rattraper et de prouver qu’il méritait une promotion à ozeki. Mais incapable d’atteindre le mawashi(le string, si vous voulez) du trop rapide Asashoryu, il s’est fait renversé par un puissant shitatenage, de la technique pure comme seul le « dragon bleu du matin » en est capable! Les deux yokozuna mongols sont donc seuls en tête.

20janvier, Asashoryu et son fulgurant uwatenage fait mordre la poussière du dohyo à Baruto

Je me suis installé à ma place (à 5 mètres seulement du carré de terre battue) à 11h du matin, une heure où seul les familles des lutteurs et des retraités vraiment mordus de sumo sont devant l’arêne. Je n’avais pas oublié mon coussin, toujours d’une grande aide pour rester assis en tailleur sept heures de temps, et j’ai vu tranquillement, au fil des heures, l’énorme salle carrée se remplir à mesure que les combattants devenaient des experts.

Voir les combats de rikishi encore dans les échelons inférieurs permet de comprendre beaucoup. Les corps encore trop léger, les baffes sur la cuisse encore hésitantes, la voix du prêtre-arbitre encore verte, ont quelque chose de cru. Et l’on saisi alors à quelque point c’est une discipline qui nécéssite un effort permanent. Car ce n’est pas seulement un sport, c’est avant tout une tradition qui vise à préserver le sacré. Le maintien de la pureté du shinto est un lien crucial mais fragile.

Ce qui est palpitant, et qui vraiment ne peut se voir qu’au Japon, c’est que le caractère sacré de la tradition du sumo n’empêche pas le public de prendre ses aises. Depuis toujours, les gens vont voir les tournois ensemble, entre amis ou en famille, et c’est l’occasion de vrais petits banquets. On mange, on boit, trop parfois, on crie le nom de son champion (au moment idoine!).

Dans un coin du kokugikan, une allée est occupée entièrement par des échoppes qui placent les spectateurs et prennent soin d’eux en les ravitaillant.Nul obligation de boire le thé qui est automatiquement servi, il n’est pas malpoli de passer immédiatement à la bière.

A.

Mondialisation du sumo, lutteurs nippons à la peine

janvier 17, 2010

Hier septième jour du tournoi de sumo de début d’année, qui a lieu comme toujours ici à Tokyo. Nous sommes donc pile à la moitié du tournoi, qui a été riche en surprises. En fait, il m’a l’air plus ouvert que jamais. Impossible de dire qui va gagner le tournoi, et encore moins s’il va y avoir des promotions à des rangs supérieurs.

Au sumo, pas d’éliminatoire binaire comme au foot, à moins d’un désistement tous les sumotori luttent 15 fois. Le vainqueur du tournoi est celui qui a décroché le plus de victoire, mais pour grimper dans la hiérarchie, cela ne suffit pas toujours. la technique, la beauté du geste, l’esprit de lutte sont tout autant considérés. Seuls les sumotori des rangs les plus élevés recoivent un (gras) salaire, c’est-à-dire une infime minorité. Le rang suprême est celui de Yokozuna, que l’on perd dès que l’on gagne moins de dix rencontre lors de l’un des 6 grands tournois annuels.

Actuellement, les deux Yokozuna sont tous deux des natifs de Mongolie, le pays du Bökh (la lutte mongole). Asashoryu (« dragon bleu du matin »), yokozuna depuis 2003, alors qu’il n’avait que 23 ans, l’enfant terrible du sumo, fier de lui, ne réprimant pas un claquement de langue lorsqu’il perd (très mal vu, ça!), méprisant les autres rikishi (sumotori), râlant pour des augmentations de salaires… Il a été suspendu en 2007 pour avoir séché un tournoi de charité en prétextant une blessure, alors qu’en réalité il jouait au foot avec ses potes à Oulan-bator.

Asashoryu 朝青龍

Mais il a de quoi être imbu de lui-même, car c’est un rikishi comme on en voit pas plus d’un par décénnie! Il a gagné un nombre record de tournoi dans l’histoire du sumo, avec une technique extrêmement divesifiée. En juillet dernier, il a gagné une rencontre avec un yaguranage, une clé qui avait été utilisé pour le dernière fois lors d’un championnat en… 1975! Mais son kimarite (clé) de prédilection est sûrement le tsuriotoshi, lorsqu’il soulève en l’air son adversaire, dont les jambe sans plus de prise gigotent en vain dans l’air, le porte jusqu’à la limite du dohyo et le jette en dehors. Il a un jour vaincu Kotomitsuki, 158 kilos, avec ce kimarite.

Asashoryu expulsant son adversaire avec un tsuriotoshi

L’autre Yokozuna, Hakuho, de cinq ans le cadet d’Asashoryu, a accédé au rang suprême quatre ans après lui. Plus respectueux de la façon de faire japonaise et plus humble que son compatriote, la plupart des japonais le préfère à Asashoryu. Il est sans conteste extrêmement fort, en fait les deux Yokozuna naviguent loin au-dessus de tous les autres rikishi. Cependant, je trouve qu’il n’a pas la trempe et le relief d’Asashoryu. Etre Yokozuna ce n’est pas qu’un titre, c’est une attitude, ventrebleu! Pour que le rang reste un synonyme de demi-dieu, il faut que les rikishi qui l’arbore jouent le jeu, si je puis dire, de leur sanctification!

Hakuho éxécutant le dôhyô-iri, cérémonie d'entrée sur le ring (dôhyô) réservée aux yokozuna.

Hakuhô 白鳳 éxécutant la cérémonie d'entrée sur le ring(dôhyô) réservée aux yokozuna(dôhyô-iri).

Le rang suivant est celui d’Ozeki, qui étaient cinq jusqu’à l’année dernière, puis deux Sekiwake et deux Komusubi, deux rangs qui assez fuyants, difficile à tenir, et qui signifie généralement soit une probable promotion à celui d’Ozeki, soit une redescente au rang inférieur, celui de Maegashira. Ceux-ci sont une grosse vingtaine, mais ne recoivent pas de salaire et n’ont pas encore le lustre des rangs d’Ozeki ou de Yokozuna.Ces cinq rangs constitue la partie la plus haute de la hiérarchie, autrement dit le Makuuchi. Diffusé tous les jours à partir de 16h30 sur la télé nationale!

Jusqu’aux années 80, le sumo était exclusivement un sport japonais. Puis des hawaiens s’y sont mis, l’un d’eux a accédé au rang de Yokozuna, puis une deuxième, et la brêche était ouverte, signifiant aussi l’inéluctable déclin des lutteurs nippons. A partir des années 90, des tsongais, des coréens, puis des mongols, un peu plus tard des russes, géorgiens et des européens de l’Est ont été enrôlés assez massivement dans les écuries de sumo. L’entrée en vigueur d’une loi limitant leur nombre ne pu empêcher leur montée en puissance dans la hiérarchie. En 2003, l’accession au rang suprême par Asashoryu coïncida avec la retraite du dernier Yokozuna japonais en date. Actuellement, les mongols, de loin les sumotori étrangers les plus nombreux, tiennent la dragée haute: Les deux Yokozuna, un ozeki et plusieurs autres lutteurs dans la partie supérieure (le makuuchi) de la hiérarchie.

Des cinq Ozeki, trois était japonais. L’un vient de prendre sa retraite après avec perdu son grade après des défaites successives, un autre est un vétéran (38 ans!!), très respecté même s’il n’a jamais atteint le rang suprême, qui fait durer le plaisir mais dont on sait qu’il vit ses derniers tournois, et le dernier a aussi passé trente ans et a perdu presque tous ses match depuis le début du tournoi, risquant la relégation. Je prédis que le rang d’Ozeki sera vidé de ses rikishi japonais d’ici la fin de l’année!!

Reste un mongol et un bulgare, le beau gosse du sumo, qui a une bouille qui inspire la confiance montée sur un corps de 150 kilos de muscles. Très apprécié des japonais(es), forcément.

Kotoôshû 琴欧洲

Depuis bientôt trois ans, la situation tout en haut de la hiérarchie paraissait bloquée. Les deux Yokozuna mongols complètement hors de portée, des Ozeki stagnants mais gardant leur titre, et en-dessous aucune percée majeure. Or, les cartes semble être en train d’être rebattues. Asashoryu a perdu avant-hier, laissant la voie libre à son confrère Hakuho, comme au tournoi dernier. mais coup de théâtre, hier Hakuho à été vaincu par l’Estonien Baruto, tandis qu’Asashoryu limitait les pertes à cette seule défaite.
Ainsi donc, plus aucun lutteur n’affiche un tableau de 7 victoire sur 7 rencontre, et ceux qui n’ont qu’une défaite sont assez nombreux, dont notamment les deux Yokozuna, mais aussi ce même Baruto, Kotooshu le bulgare et Harumafuji l’Ozeki mongol. De ces trois, au moins l’un d’entre eux risque fort de grader au rang suivant. Je nourris beaucoup d’attente vis-àvis du bulgare Kotooshu, qui pourrait devenir le premier européen à accéder au plus haut rang de la hiérarchie. Mais rien n’est encore joué et les jours à venir vont être décisifs. Tant mieux, je vais justement y aller mardi! A suivre, donc, naturellement!

A.