Posts Tagged ‘tremblement de terre’

Un phare dans la nuit

mars 20, 2011

Hier, un phare dans la nuit nippone s’est élevé.

Tokyo Sky Tree est le nouveau plus haut bâtiment du Japon, est une tour destiné à remplacer la Tokyo tower (1958, 333m.)

Dans le quartier d’Oshiage, loin des gratte-ciels massés près des centres nevralgiques de la capitale, et qui ont fini par encercler Tokyo tower, l’excellence de l’ingénierie japonaise a atteint de nouveaux cieux.

Malgré le look d’avant-garde de la nouvelle tour, Oshiage est l’antithèse du Tokyo futuriste. Un quartier qui a gardé son esprit de village, bien qu’à des dizaines de kilomètres à l’intérieur des limites de la mégapole. Ici on est au coeur de la Shitamachi, la ville basse, celle des gens de peu et des artisans. Le sumo y a ses bastion, les sentô(bains publics) ses ultimes occurences, et on y est beaucoup plus gouailleurs et chaleureux que dans la Yamanote, les collines de l’ouest de la ville.

La Shitamachi, mon quartier de Ningyocho inclu, s’est élevée petit à petit, jusqu’à ce que de larges parts devienne des forêts d’immeubles résidentiels d’une cinquantaine de  mètres, mais pas Oshiage où les étroites maisons d’un ou deux étages forment l’essentiel du paysage urbain. Et soudain, cette tour surgit, source de fierté autant que de crainte pour cet îlot de l’Edo d’antan.

Fier, les constructeurs peuvent l’être, puisque non seulement la tour encore en pleine construction a parfaitement encaissé toutes les secousses de ces derniers jours, mais en sus le travail s’est poursuivi et elle a atteint sa hauteur finale, 634m, cette nuit même.

Elle devait être le symbole d’un souffle nouveau, elle sera aussi celui de l’abnégation et de la persévérance du peuple nippon

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Le non-voyage

mars 19, 2011

Le rapatriement a été pour moi une dé-ritualisation du voyage.

Dans le voyage, il y a une préparation mentale, une attente, une conscience du départ, les rituels de l’adieu et des retrouvailles.

Cette fois-ci il n’en était rien. Départ imprévu, au-revoir à demi-mot, retour en suspens.

Quelques minutes avant l'escale à Helsinki

Même si le rapatriement a été exceptionnellement long (22 heures entre le rendez-vous à Haneda et l’arrivée à Roissy), je n’ai pas eu la sensation du déplacement, car ma tête est toujours là-bas.

L’espoir de retourner là-bas d’ici la fin du mois, voilà ce qui me permet de ne pas m’effondrer. Parcelle par parcelle ma vie s’est déplacée d’ici au Japon et les racines que j’ai faites là-bas sont devenues robustes. Bien malgré moi, je suis devenu un insulaire. De prolongation en prolongation, j’ai repoussé la borne de mon séjour, me donnant l’illusion que je n’étais que de passage. Mais je vais devoir reconnaître que désormais, je suis là-bas.

Circulez, y’a rien à manger!

mars 17, 2011

Dans les kombini (convenience store), petits magasins omniprésents, vendant de tout et ouvert 24h/24h, la plupart des rayons sont vides. Les seuls articles qui restent: les affaires d’école, parce qu’elles s’écoulent lentement. Les boissons et les journaux/magazines, parce qu’ils sont encore approvisionnés.

Non, le Japon ne manque pas de nourriture. Il est structurellement paralysé. La marchandises ne parvient plus suffisamment par rapport à la demande. Et des vieilles coutumes reparaissent, comme celles du bentô qu’on prépare soi-même le matin. L’autre jour à midi, ma copine n’y avait pas pensé, contrairement à ses collègues. Elle a eu une chance inouïe, elle raflé le dernier onigiri du kombini de son quartier.

Les Japonais craignent le réveil du Fuji

mars 17, 2011

La terre continue à trembler dans l’archipel tous les jours. A chaque fois, on est glacé par la torpeur, et le souffle court on attend de voir si c’est le « Big one ». Je n’ai jamais vécu autant de tremblements de terre que ces derniers jours, et de retour à Genève, j’ai plusieurs fois par jour l’impression d’en sentir.

Ca tangue. Comme après une longue traversée en bateau. C’est à terre que l’on ressent le plus le roulis.

En contact très fréquent avec ma copine et d’autres amis, ils m’ont communiqué aujourd’hui leur crainte d’un réveil du Mont Fuji, sommet le plus haut du Japon surplombant la plaine du Kantô, un volcan endormi mais pas éteint.Scientifiquement parlant, il est actif, bien que sa dernière éruption remonte à 1703. Des écarts de plusieurs siècles sont tout à fait normaux dans le cas du Fuji dont les éruptions précédentes sont notées en 1511 et 1083.

 

"Les cent vues du Mont Fuji, vol.2" Une estampe méconnue mais splendide de Hokusai. Elle rappelle le funeste tsunami.

 

 

Une éruption constitue une menace directe à la mégapole, et même sans coulée de lave, elle achèverait de paralyser les dernières infrastructures de transport, notamment les avions et les shinkansen.

Je ne sais ce qu’en disent les spécialistes, peut-être n’est-ce qu’une spéculation. Mais elle en dit long sur la méfiance accrue que les habitants de l’archipel ont vis-à-vis des éléments.

 

Une forte réplique, tout à l’heure. Des tremblements de terre se sont fait aussi sentir aux Vanuatu et au Chili, hier soir, respectivement de 6 et de 5.

 

 

Réplique à Fukushima

mars 16, 2011

Des répliques, le site http://typhoon.yahoo.co.jp/weather/jp/earthquake/
en liste des dizaines par jours. Il y a quatre minutes, c’est à l’est de la préfecture de Fukushima, dans la région de la centrale. Avec une magnitude de 4.4, ça n’est pas pour rassurer. La centrale est faite pour endurer des séismes de 7. Seulement, elle est endommagée, et les séismes gênent encore un peu plus les équipes d’urgence.

La terre nippone

mars 16, 2011

En guise d’au-revoir, la terre nippone nous a gratifié d’un tremblement de force 6+ tandis que l’on attendais à l’aéroport.
C’est comme dans les films à suspense: Sur le point de partir, et le monstre resurgit. Comme courir sur une banquise qui s’effondre à chaque pas.

L’alarme a retentit, un responsable de l’aéroport a ordonné d’interrompre l’enregistrement des bagages, personne n’a crié, personne ne s’est déplacé sauf les gens près des fenêtres. Elles sont grandes et elles ondulaient lentement d’avant en arrière, dans un bruit sourd.

Dernières heures japonaises.

mars 16, 2011

Tiré de mes notes d’hier:
« Je vis à régime réduit.

Je n’ai pas faim, je ne fait pas de nuits complètes, j’évite de sortir, j’hésite même à aller aux toilettes, des fois qu’il y aurait des particules terrées dans le couloir.

J’essaie de rester cloîtré entre ces murs fins comme la largeur de deux doigts et de portes coulissantes en papier. Que peut bien valoir mon appartement déjà fissuré?

J’en suis au point où je doute même de l’air qui m’entoure. »

Très tôt ce matin, les yeux rivés à l’écran:
« Les annonces de nouvelles répliques n’ont jamais eu un effet aussi rassurant. Ah! Un 5+ à Ibaraki… et sans victime en plus: Le bonheur. Ce qu’on redoute, ce sont les nouvelles de la centrale. Elles sont pires d’heure en heure. Des news de tremblements de terre, ce sont autant de minutes passées sans news mortifères en provenance de Fukushima.

J’ai voyagé 6 mois entre Pakistan et Afghanistan, je sais la peur de voir la fin un peu trop tôt, mais une angoisse si longue et en crescendo, je ne connaissais pas.C’est que la menace actuelle est un spectre.

Un gros tremblement de terre, c’est palpable, concret, visible! Mais une catastrophe nucléaire, c’est tellement plus sournois. »

Le 36eme stratageme

mars 15, 2011

Vous le connaissez, c’est la fuite.

Je pars. J’ecris depuis l’aeroport de Haneda, plonge dans une impressionante serenite (et des avec des claviers sans accents).

Les japonais dans le bus a destination de l’aeroport, faisaient l’air de rien, mais j’ai bien senti une once de culpabilite. Au Japon, meme quand on court au desastre, on court au desastre tous ensemble. La societe japonaise hait la debandade.

Mais moi je suis un gaijin, au fond.

J’ai empaquete mes affaires les plus precieuses, mais elles ne remplaceront pas ma copine qui elle reste ici. Me voila bientot dans votre role, celui de scruter les infos avec anxiete, en celui de scruter les infos avec anxiete, en priant les dieux.

La mascarade nucléaire

mars 15, 2011

J’ai éteint la télé, elle me donne la nausée.

Je risque d’en avoir une bien plus sérieuse de nausée, alors autant se changer les idées tant que ce n’est que psychologique!

Les conférences de presse de la Tepco sont un vrai foutoir. Pas une phrase n’est complète, les têtes de la boîte se regardent entre eux, l’air perdu, à chaque question, et la moitié du temps ils disent qu’ils y répondront à la séance suivante. Si les Japonais maintiennent leur flegme même à ce stade de la tourmente, les cinq de la Tepco sont les types les plus paniqués du pays. A chaque conférence ils oublient des feuilles, hésitent de longues minutes, se lèvent, se rassoient, oublient d’allumer les micros… En un mot ils sont absents. Les voir se démener en vain, voilà des images qui faisaient peur!

Et tandis que j’écris, le sol tremble encore. Comme si la terre en nous secouant, voulait nous dire: « Hé les gars, réveillez-vous, c’est juste un sale cauchemar! »

La peur dans le calme

mars 14, 2011

De retour à Tokyo depuis 3 heures.

A l’aéroport, les gens étaient calmes, très calmes. Disciplinés, courtois, comme toujours. Tout au plus légèrement tendus.

Les expatriés ont pris d’assaut les vols pour notamment l’Europe, qui désormais se payent jusqu’à 14’000 euros. Panique totale parmi les étrangers, et calme résigné chez les Japonais. C’est la schizophrénie que je vis en ce moment.

Où est la vérité? Personne, en fait, ne le sait.
J’ai la boule au ventre, c’est la peur. Mais je suis avant tout exténué, alors je vais commencer par dormir.
Priez pour moi.

A.