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Yokozuna inébranlables

janvier 20, 2010

Le terme du tournoi de janvier approche et l’étau se resserre sur les sumotori. Samedi, ils étaient 9 lutteurs à n’avoir essuyé qu’une seul défaite (et aucun sans défaite), laissant toutes les issues possibles pour la suite. Dimanche, le lot était déjà bien dégrossi, avec plus que cinq lutteurs en tête, dont quatre dans le San’yaku (i.e.les 4 grades les plus élevés, qui est l’objet de toute l’attention): Le Sekiwake (3e grade le plus haut) Baruto, l’Ozeki (2e grade) bulgare Kotooshu, et tout en haut les deux Yokozuna mongols Asashoryu et Hakuho.

Lundi, l’estonien et le bulgare se sont affronté pour un combat de géants blancs (Ils font tous les deux environ deux mètres pour 150 kilos).

Le bulgare est Ozeki depuis 2006, après une montée assez fulgurante. C’est le sumo qui est venu à lui plutôt que le contraire: champion européen de lutte gréco-romaine alors qu’il était à peine ado, il était prévoyait de participer au jeux olympiques de 2000, mais en fut empêché car il avait déjà dépassé le poids maximal de 120 kilos, et se tourna alors vers le sumo. Bien qu’il soit devenu le premier européen, en 2008, à gagner la coupe de l’empereur (i.e.la coupe de l’un des six tournois majeurs de l’année), il n’a toujours pas percé jusqu’au rang de Yokozuna. Baruto, lui est encore en phase ascendante, et après avoir battu le Yokozuna Hakuho et l’Ozeki Harumafuji, abordait le combat en meilleur forme que jamais.

L’un d’eux devait inévitablement se démarquer, et laisser son adversaire derrière lui.Ce fut l’Estonien, qui continuait sa progression. En battant Kotooshu, il ajoutait un ozeki à son tableau de chasse et se rapprochait encore un peu de ce rang.

Aussi, hier lorsque je suis allé voir le tournoi in situ, la foule était en liesse alors qu’il s’apprêtait à lutter.Bien que son adversaire fusse japonais, le public semblait bien soutenir et crier le nom de l’estonien. Si tout le monde regrette que les lutteurs japonais soit en déclin, on veut bien fermer les yeux pour un peu de sang neuf, même étranger. Mais surprise, Baruto fut assez vite sorti par son adversaire, laissant les Yokozuna seuls maîtres du tournoi. Aujourd’hui, il affrontait justement Asashoryu, une chance de se rattraper et de prouver qu’il méritait une promotion à ozeki. Mais incapable d’atteindre le mawashi(le string, si vous voulez) du trop rapide Asashoryu, il s’est fait renversé par un puissant shitatenage, de la technique pure comme seul le « dragon bleu du matin » en est capable! Les deux yokozuna mongols sont donc seuls en tête.

20janvier, Asashoryu et son fulgurant uwatenage fait mordre la poussière du dohyo à Baruto

Je me suis installé à ma place (à 5 mètres seulement du carré de terre battue) à 11h du matin, une heure où seul les familles des lutteurs et des retraités vraiment mordus de sumo sont devant l’arêne. Je n’avais pas oublié mon coussin, toujours d’une grande aide pour rester assis en tailleur sept heures de temps, et j’ai vu tranquillement, au fil des heures, l’énorme salle carrée se remplir à mesure que les combattants devenaient des experts.

Voir les combats de rikishi encore dans les échelons inférieurs permet de comprendre beaucoup. Les corps encore trop léger, les baffes sur la cuisse encore hésitantes, la voix du prêtre-arbitre encore verte, ont quelque chose de cru. Et l’on saisi alors à quelque point c’est une discipline qui nécéssite un effort permanent. Car ce n’est pas seulement un sport, c’est avant tout une tradition qui vise à préserver le sacré. Le maintien de la pureté du shinto est un lien crucial mais fragile.

Ce qui est palpitant, et qui vraiment ne peut se voir qu’au Japon, c’est que le caractère sacré de la tradition du sumo n’empêche pas le public de prendre ses aises. Depuis toujours, les gens vont voir les tournois ensemble, entre amis ou en famille, et c’est l’occasion de vrais petits banquets. On mange, on boit, trop parfois, on crie le nom de son champion (au moment idoine!).

Dans un coin du kokugikan, une allée est occupée entièrement par des échoppes qui placent les spectateurs et prennent soin d’eux en les ravitaillant.Nul obligation de boire le thé qui est automatiquement servi, il n’est pas malpoli de passer immédiatement à la bière.

A.